Fortress Festival

Pour le dernier week-end de mai, j’ai exceptionnellement fait l’impasse sur le Lid Ar Morrigan, un de mes festivals rituels depuis plusieurs années. Pour cause, la tête d’affiche du Fortress Festival, situé dans la jolie ville balnéaire de Scarborough dans le North Yorkshire en Angleterre, était à mon sens immanquable : Gallowbraid y ferait sa toute première apparition live, je n’imaginais absolument pas que cela soit possible un jour, même dans mes rêves les plus fous, et je ne voulais manquer cela pour rien au monde.

Alors c’est parti pour une nouvelle aventure en ce samedi 30 mai. Bien avant que le running order soit dévoilé, j’avais bien entendu tout booké, billets d’avion et de train. Je ne m’attendais cependant pas à ce que le festival commence aussi tôt (midi), et je pouvais arriver au mieux à 15h. J’ai fortement regretté de ne pas avoir opté pour l’Eurostar, j’aurais possiblement eu l’espoir d’arriver à temps pour le concert de Mesarthim qui se fait extrêmement rare en live, j’espère que ce ne sera que partie remise. Finalement, je n’ai pu arriver à destination qu’à 16h, la faute au retard de mon avant-dernier train qui m’a fait rater de justesse celui pour Scarborough.

En arrivant, je dépose à l’arrache mes affaires à l’hébergement, engloutis une chocolatine le temps des dix minutes à pied qui me séparent du festival. Le site où se tient l’événement est magnifique, le Fortress festival a lieu dans un spa de style victorien en bord de mer. En plus il faisait très beau, on était loin du cliché de l’Angleterre pluvieuse. Je récupère rapidement mon bracelet à l’entrée et vais me placer dans l’Ocean room pour mon premier concert de la journée, où j’y retrouve mon acolyte de festival.

Deux ans après les avoir vus pour la première fois au Dark Troll Festival, je retrouve les Australiens de Midnight Odyssey. Cette fois-ci, pas de flammes jaillissantes vu que les concerts se tenaient en intérieur, mais un black metal ambient toujours aussi cosmique, une petite mise en jambes tranquille pour ma part.

De ce que j’avais écouté d’Akercocke, je n’étais pas particulièrement convaincue et j’en ai donc profité pour aller retirer des sous en ville. Je suis revenue à temps à la main stage pour écouter la fin du set, et en configuration live, c’était finalement pas trop mal, on avait affaire à un black/death progressif assez bourrin. Les Anglais ont joué en intégralité leur troisième album Chorozon paru en 2003. Ne connaissant pas du tout le groupe, je suppose qu’il s’agit d’un classique de sa discographie. En guise de rappel, le groupe a interprété « Verdelet » issu de l’album suivant, Words That Go Unspoken, Deeds That Go Undone, paru en 2005.

SETLIST : Praise the Name of Satan / Prince of the North / Leviathan / Enraptured by Evil / Choronzon / Valley of the Crucified / Bathykolpian Avatar / Upon Coriaceous Wings / Scapegoat / Son of the Morning / Becoming the Adversary / Goddess Flesh // Verdelet

Retour dans l’Ocean room pour ma première grosse claque du festival. Les Allemands de Totenwache, originaires de Hambourg, nous ont balancé en pleine face un black metal diablement efficace, mortuaire et blasphématoire. Un bon défouloir.

SETLIST : Intro / Ubsicht / Der Thron der Uralten / Gäuberung / Monolith der Finsternis / Das Schattenmeer / Urteil : Niedergang / (Galgenvögel)

Si l’on m’avait dit un jour que je serais contente de revoir Dødheimsgard, j’aurais très certainement ri au nez de cette personne. Il faut croire que tout arrive. La formation norvégienne donnait un set mettant à l’honneur son dernier album Black Medium Current paru en 2023. Pour l’occasion, deux chanteuses assuraient les chœurs additionnels. Alors oui, avec son black metal avant-gardiste, DHG n’est pas à mettre entre toutes les oreilles. C’est totalement perché, et maintenant que je suis habituée à des sonorités plus expérimentales dans le metal, j’ai vraiment passé un bon moment.

SETLIST : Et smelter / Tankespinnerens smerte / Interstellar Nexus / It Does Not Follow / Voyager / Halow / Det tomme kalde mørke / Abyss Perihelion Transit / Requiem Aeternum

J’ai sacrifié le set de Whoredom Rife pour me restaurer. Il était ensuite déjà temps de retourner à la main stage se placer pour le dernier concert de la journée. Parmi les nombreuses exclusivités britanniques de cette édition, Old Man’s Child assurait la tête d’affiche de cette première journée. C’était la première fois que j’avais l’occasion de voir la formation norvégienne en concert, menée par sa tête pensante Galder. C’est un groupe que je connais cependant depuis pas mal de temps puisque c’est un de ceux qui m’ont fait découvrir le black mélodique, au même titre que Dissection et Diabolical Masquerade. Entre autres ex-Dødheimsgard et ex-Dimmu Borgir, on retrouve chez Galder la folie scénique du premier, et les influences symphoniques du second.

Le lendemain matin, avant de retourner au festival, je profite de cette nouvelle journée ensoleillée pour me promener dans Scarborough. Je suis tombée tout à fait par hasard sur la tombe d’Anne Brontë, et j’ai poussé la balade jusqu’aux ruines du château fort, offrant une vue imprenable sur la mer.

Le groupe d’ouverture de cette seconde journée faisait partie de mes plus grandes attentes de cette édition. J’avais découvert A Forest of Stars avec leur album Beware the Sword You Cannot See en 2015 et depuis, je suis tombée totalement amoureuse de leur univers. L’excentrique formation anglaise, originaire de Leeds, présente un black metal psychédélique à la forte esthétique victorienne, ce qui seyait particulièrement bien au cadre du festival.

Comme pour Dødheimsgard la veille, on pourrait penser qu’il faille consommer des substances pour apprécier la musique du groupe. J’étais pourtant tout à fait sobre, et cela ne m’a absolument pas empêchée d’adorer le concert. Le chant de Mister Curse semble venir d’outre-tombe, les visuels ressemblent à des hallucinations provoquées par des champignons ou autre drogue psychédélique, les riffs nous emportent dans un tourbillon infernal de folie, et la vocaliste Katheryne, « Reine des Fantômes », vient adoucir l’ensemble avec les sonorités folk du violon. Voir le groupe en live m’a définitivement convaincue de me procurer à l’occasion leur dernier album Stack Overflow in Corpse Pile Interface paru au début du mois dernier.

Instant groupie. Mon acolyte de festival me fait signe par message que la tête pensante de Gallowbraid était au merch. Dès la fin du set de AFOS, je me précipite audit endroit, dans l’espoir de faire signer mon vinyle. A mon grand désarroi, le musicien semblait avoir fait une apparition éclair puisqu’il n’était déjà plus là quand je suis arrivée. En guise de consolation, j’ai pu faire signer mon vinyle de A Forest of Stars par deux membres du groupe. Le temps d’aller me chercher à manger, j’ai fait l’impasse sur le set de This Gift Is A Curse, et je me suis posée au fond de la main stage pour la fin d’Abigail Williams, formation américaine officiant dans un black atmosphérique occulte.

Cocorico ! On bouge vers l’Ocean Room pour le concert de Darkenhöld, seul groupe français programmé sur cette édition (mais pas le seul francophone, nous le verrons un peu plus tard). Ohlala, quel plaisir de les revoir, cela faisait tellement longtemps… Non je plaisante, c’était début mai au Dark Medieval Fest, mais cette fois-ci, le groupe passait dans l’après-midi, et j’étais ainsi beaucoup plus en forme par rapport à la dernière fois pour apprécier le concert comme il se doit. Pour sa première apparition live en Angleterre, le groupe s’est montré très convaincant, cela faisait plaisir de voir un public réceptif !

SETLIST : Oriflamme / Majestic Dusk Over the Sentinels / L’Ascension du Mage Noir / Incantations / Le Cortège Royal / Sous la voûte de chêne / Mystique de la vouivre / Citadel of Obsidian Slumber

Retour à la main stage pour le concert de Fluisteraars. La formation néerlandaise officie dans un post-black metal atmosphérique et mélancolique. Fortement ancré dans le folklore et l’histoire de sa région, le groupe m’a dans l’idée fait penser à Afsky. Celui-ci nous a présenté en exclusivité un aperçu de son prochain album Jacht der Mysteriën qui paraîtra en septembre.

Seul dilemme du festival pour ma part, Antrisch et Emyn Muil passaient en même temps. J’adore Antrisch, ça avait été mon gros coup de cœur lors du Dark Troll Festival il y a deux ans, mais je n’ai jamais eu l’occasion de voir Emyn Muil, alors mon choix s’est finalement porté sur eux.

La prestation se tenait dans le théâtre, ce sera le seul concert que j’aurai fait dans cette salle, et rien que pour pouvoir s’asseoir sur un siège confortable tout en profitant de la musique, ça valait le coup. Vu le style dans lequel officie la formation italienne, la configuration assise ne détonait pas tellement. En effet, le projet porté par Saverio Giove peut être défini comme un mélange de dungeon synth, de dark ambient et de black metal atmosphérique épique à la Summoning. Comme le nom du groupe le laisse suggérer, la similitude avec les Autrichiens ne s’arrête pas là, puisque Emyn Muil s’inspire également fortement de l’univers de Tolkien.

La tête pensante du groupe, principalement aux effets sonores, est accompagnée d’une chanteuse et d’un multi-instrumentiste alternant parties à la batterie et à la guitare. Côté setlist, j’étais ravie, car le groupe a joué pas mal de passages de mon album préféré qu’est Afar Angathfark, le troisième et dernier en date, dont un de « Arise in Gondolin », mon morceau favori, et c’était totalement inattendu et inespéré dans la mesure où il s’agit d’un titre bonus de l’album. Je n’ai bien entendu pas pu me retenir de lâcher une petite larme. Je parle effectivement plutôt de passages, dans la mesure où les différents morceaux semblaient avoir été interprétés dans une version condensée.

Un ami m’avait fortement recommandé d’aller voir Vinterland, arguant que si j’aimais Dissection, je ne pouvais pas passer à côté. Je dois admettre que je ne connaissais pas le groupe avant de le voir programmé à l’affiche du festival, alors que son seul et unique album Welcome My Last Chapter figure parmi les grands classiques du black mélodique suédois des années 90. A l’occasion du trentième anniversaire de sa sortie, le groupe l’a interprété dans son intégralité. A l’image de sa contrée, Vinterland instaure une ambiance glaciale, et l’image de la forêt suédoise en fond de scène, associée aux lumières bleutées, donne l’impression de se retrouver en pleine nuit au beau milieu d’un paysage enneigé.

SETLIST : Intro / Our Dawn Of Glory / I’m An Other In The Night / So Far Beyond… (The Great Vast Forest) / A Castle So Crystal Clear / As I behold The Dying Sun / Vinterskogen / Still the Night Is Awake / A Winter Breeze / Wings Of Sorrow / Outro

L’Ocean room était bien remplie pour le concert de Vespéral, je me place ainsi au fond de la salle pour assister à la prestation des Québécois. Le groupe interprétait en intégralité son deuxième album La Mort de l’Âme paru l’an dernier. Vespéral officie dans un « metal noir » (pour rester dans le parler québécois) où se mêlent vocaux dépressifs délivrés en français et mélodies accrocheuses, ce qui m’a dans l’idée pas mal fait penser à Psychonaut 4. Devant moi, certains membres du public pogotaient, à défaut de ne pas bien voir ce qui se passait sur scène, j’avais deux spectacles en un sous mes yeux.

SETLIST : La Perte de Soi/Brouillard Fantomatique / Nos Délires d’Autrefois / Lorsqu’une Chandelle S’atténue / Mauvais Présage / La Corde d’un Pendu / Souffle Glacial / Cruel Silence

Cela ne faisait qu’un mois que j’avais vu Misþyrming pour la première fois, et malgré le souci technique dont avait été victime le groupe lors de sa prestation au Ragnarök, j’avais tellement adoré que j’étais très contente de le revoir à nouveau au Fortress. Cette fois-ci, aucun problème technique à signaler, et les Islandais ont délivré un black metal bouillonnant. Les lumières rouges, à l’image des volcans islandais, évoquaient de la lave en fusion. Les Anglais sont réputés pour leur flegme légendaire, mais pendant le set, l’enthousiasme du public est entré en éruption. Je pense ne pas résister à l’envie de revoir le groupe lors de son prochain passage à Paris en octobre (j’arriverai peut-être enfin à faire signer mes disques cette fois-ci!).

SETLIST : Með Harmi / Algleymi / Orgia / Engin vorkunn / Alsæla / Engin miskunn / Ég byggði dyr í eyðimörkinni

Juste avant le bouquet final, je suis retournée à l’Ocean room jeter une oreille à Darkened Nocturn Slaughtercult. Comme pour Vespéral, il y avait pas mal de monde, et j’ai une fois de plus été contrainte d’assister au set de loin. Nul besoin de voir pour constater que la formation allemande, menée par sa charismatique chanteuse Onielar, reconnaissable à sa longue chevelure d’or, ne faisait pas dans la dentelle, avec un black metal brut de décoffrage et démoniaque. Néanmoins, je suis partie en cours de set, car j’étais frustrée de ne pas pouvoir voir de plus près cette prestation prenant la forme d’un rituel occulte. Je serais bien allée écouter un peu Mortiis, ex-bassiste et premier parolier d’Emperor, mais la sécurité laissait les gens entrer au compte-goutte dans le théâtre. J’ai donc préféré aller me placer pour le set de Gallowbraid.

Je trépigne d’impatience, je ne tiens plus en place, le grand moment tant attendu approche. Je suis déjà toute émue rien que de voir Jake Rogers, tête pensante de Gallowbraid, faire les balances. Pour une rapide remise en contexte, Gallowbraid est initialement un one-man-band américain, plus précisément originaire de Salt Lake City dans l’Utah, qui n’a sorti qu’un unique EP à ce jour du nom de Ashen Eidolon, à mon sens un immense classique du black/folk metal épique.

Pour son tout premier concert, Jake Rogers assure les parties vocales en chant clair, la guitare lead et la flûte, et est accompagné du chanteur de FIEF (projet dungeon synth également originaire de Salt Lake City) au chant hurlé et aux claviers, d’un guitariste rythmique, d’un bassiste et d’un batteur. Dès les premières notes de l’éponyme titre d’ouverture de l’EP, c’est l’euphorie dans le public. Ça m’a juste fait bizarre au début d’entendre le chant hurlé du chanteur de FIEF, je suis tellement habituée à celui de Jake Rogers tant j’ai écouté l’EP que cela m’a perturbée. Mais j’ai vite fini par m’y faire, finalement, le chanteur s’est honorablement bien défendu.

Je m’interrogeais sur les morceaux qui composeraient la setlist, car le set devait durer une heure, alors que Ashen Eidolon dure quarante minutes. Comment le groupe allait-il combler les vingt minutes restantes ? Jake Rogers étant également la tête pensante de Caladan Brood, peut-être pouvions-nous espérer un ou deux morceaux de son side-project. Alors que nous étions bien partis sur notre lancée, l’interprétation de l’EP a été entrecoupée par deux nouveaux morceaux. Waouh, depuis la sortie de Ashen Eidolon en 2010, la discographie de Gallowbraid était devenue un vide intersidéral, et c’était une très bonne surprise de savoir que ce vide allait très prochainement connaître une fin, avec la préparation d’un nouvel album. Et ce que l’on a pu entendre en exclusivité laissait présager du très bon.

Nous revenons à la suite de l’EP, et après l’interlude instrumental « Oak and Aspen », le clou du spectacle est là. « Stone of Remembrance » est un de mes morceaux préférés de tous les temps, et j’aurai rarement headbangué aussi frénétiquement lors d’un live. C’était absolument épique, cinématographique, j’avais des étoiles plein les yeux et j’étais tellement émue de me dire « punaise, j’y étais, j’ai pu entendre ce morceau en live » que j’ai fini par laisser échapper une larme.

A la fin du set, nous découvrons la tête d’affiche de la prochaine édition du festival : ce sera Emperor. Même si j’adore ce groupe, j’ai trouvé cette annonce moins impressionnante par rapport à celle de Gallowbraid cette année, j’aviserai en fonction de l’ensemble de l’affiche. En tout cas, j’ai été absolument séduite par ce festival, et c’est avec un immense plaisir que j’y retournerai si j’en ai l’occasion. Pour finir cette édition en beauté, Jake Rogers est venu saluer des membres du public, j’en ai profité pour faire signer mon vinyle, et quand il l’a pris et m’a regardée avec des yeux écarquillés en s’exclamant « c’est la première édition ! », ça n’avait vraiment pas de prix.

SETLIST : Ashen Eidolon / Autumn I / Leafdance / Stormcloud Memories / Oak and Aspen / Stone of Remembrance

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