
Je n’avais jamais eu l’occasion jusqu’alors d’aller au Dark Medieval Fest au pays du Beaujolais, attendant une programmation suffisamment alléchante à mes yeux pour qu’elle vaille le déplacement. Il a suffi d’une annonce pour me persuader de tenter l’aventure cette année, qu’est celle d’Odraedir.
En ce samedi 2 mai au matin, me voilà en route pour cette sixième édition. Une fois arrivée à Lyon, mes acolytes de festival me récupèrent en voiture pour la dernière étape de ce périple, direction la petite commune de Lamure-sur-Azergues.
Nous arrivons à la salle pluraliste en début d’après-midi. Nous avons encore un peu de temps avant le début du premier concert et en profitons pour faire un premier tour du marché médiéval en cette belle journée ensoleillée. Sous une petite tente, le duo Essenix, composé d’une chanteuse et d’un guitariste, anime cette partie du festival accessible gratuitement. On mange un morceau, on découvre la bière du festival, la red IPA « Blódörn » brassée spécialement pour l’occasion par Amalthée, et il est déjà temps de se placer pour le premier groupe.
Nous découvrons Lugh, formation presque locale puisqu’elle est originaire de Lyon. Le groupe, composé d’un chanteur, de deux guitaristes, d’une bassiste et d’un batteur, définit son style comme du metal théâtral. Grosso modo, on a affaire à un metal avant-gardiste/progressif mettant en exergue l’aspect narratif. Les paroles sont dans ce but chantées en français, et dans des vocaux clairs, histoire de (c’est le cas de le dire) comprendre de quoi il est question. Entre chaque morceau, le chanteur s’adresse à nous tel un conteur. Le côté décalé m’a fait penser à un mélange entre Pensées Nocturnes et Ange.
Le groupe nous a présenté plusieurs morceaux issus de son deuxième album Légendes paru l’an dernier. On suit notamment l’histoire d’un jeune garçon élevé par les loups (« Parmi la Meute »), exorcisé par un prêtre (« Hérétique », pendant lequel le chanteur portait en pendentif une croix chrétienne), et comme une ironie du sort, ce garçonnet finira dévoré par des loups (« Évasion »).
Lors de la ballade « Les Braises », Céline Nephtys (Wedingoth) a rejoint le groupe au chant additionnel. Les morceaux sont principalement inspirés de contes et légendes de France, notamment de Bretagne, comme le dernier titre « Les Femmes Cygnes ». Je peux concevoir que le côté loufoque n’aide pas à entrer aisément dans l’univers du groupe, personnellement, j’ai plutôt bien apprécié la prestation.
SETLIST : Fall-I-Tro / Nuit d’Hiver / Les Braises / Parmi la Meute / Hérétique / Évasion / Les Femmes Cygnes
Le temps du changement du plateau, nous retournons sur le marché médiéval et nous attardons sur le stand de la brasserie Amalthée. Nous avons été tellement pris dans cette séance de dégustation qu’on a failli en oublier le set de Sorcières qui débutait tout juste !
Et c’est un concert que je ne voulais pas manquer car j’avais beaucoup aimé le concert du groupe lillois lors de son passage au Lid Ar Morrigan l’an dernier. Même si la setlist était relativement similaire, cela me faisait plaisir de le revoir un an plus tard, quelques jours après la sortie du deuxième album La Nuit des Temps, paru chez le label underground nantais L’Ordalie Noire.
Sur des vocaux hurlés en français, Sorcières officie dans un black/folk metal mené par les mélodies obsédantes du violon. La musique retranscrit bien l’ambiance occulte propre à l’univers de la sorcellerie. Par un malheureux coup du sort, des soucis techniques ont frappé sur une des guitares et la basse. Le groupe a malgré tout bien réussi à rebondir, grâce à la réactivité des techniciens.
SETLIST : Hantée / La Croisée / Havrenoir / Le Bal des Ombres / Cavalière des Ronces / Terre Maudite / La Nuit des Temps / L’Auberge des Corps Perdus
La voilà, ma motivation première de cette édition. J’avais découvert Odraedir grâce au sixième volume de notre Pagan Spirit Compilation en 2023, et j’étais ravie que la formation tchèque se déplace enfin en France. Malgré tout, le groupe n’était pas au complet, le batteur manquait à l’appel à cause d’une luxation de l’épaule. Seuls le chanteur et les deux guitaristes étaient présents, nous nous interrogeons donc également sur l’absence du bassiste, puisque nous n’avons eu aucune information le concernant. La performance live était de ce fait réduite, d’autant plus que les instruments traditionnels étaient également enregistrés.
Cela étant, le trio s’est honorablement défendu avec les moyens du bord et s’est montré combatif, à l’image de son morceau « Never Surrender » joué en ouverture de set. Malheureusement, pour ne pas aider, une coupure de courant a justement coupé le groupe dans son élan. Le chanteur tente de meubler comme il le peut, l’occasion de constater que celui-ci se débrouillait pas trop mal en français.
Odraedir interprète un black pagan metal efficace, énergique et vindicatif faisant pas mal penser à Wolfchant. Je n’ai pas pu résister à l’envie de danser avec un de mes amis pendant « The Inception ». Le set est passé bien trop vite, d’autant plus qu’à cause de la coupure de courant, j’ai eu l’impression que celui-ci a été écourté. On espère ainsi revoir le groupe prochainement dans de meilleures conditions, et au complet cette fois-ci !
SETLIST : Never Surrender / Deep Sea Slumber / Hand of Justice / The Inception / Glacial Storm / Cult / Path of the Wolf / Vengeance / Back to the Void
Direction le sud de l’Europe, tout d’abord avec les Espagnols de Frozen Shield qui nous font le plaisir de venir pour la première fois en France ! Comme Gwydion, les Barcelonais nous prouvent que l’on n’a pas besoin d’être originaires du Grand Nord pour faire du bon Viking metal symphonique épique dans la veine d’Ensiferum. Pour ne pas s’y tromper, des boucliers sont posés sur le rebord de la scène, renforçant cette ambiance guerrière.
Et en parlant d’ambiance, elle était super, le public s’est donné à fond, entre pogos, circle pits, wall of death et danses. Je n’ai moi-même pas pu résister à l’envie de me joindre à ce joyeux bordel. Pour amplifier cette bonne grosse dose de fun, le groupe a passé en intro d’un de ses morceaux un passage « makina » (sous-genre de la techno hardcore très populaire en Espagne dans les années 90), et le chanteur est descendu dans la fosse.
Après avoir mangé un morceau et profité rapidement d’une animation improvisée d’Acus Vacuum au bar, nous partons ensuite en Italie avec Aexylium qui faisait également ses premiers pas en France. A l’instar d’Eluveitie, nous nous laissons transporter par un folk metal entraînant de par les mélodies dansantes des flûtes et du violon, où s’alternent vocaux hurlés masculins et chant clair féminin. La donzelle était d’ailleurs vêtue telle une prêtresse de la forêt.
SETLIST : Fontes et Omnia / The Queen / Myth of Mankind / Into the Jaws of Fenrir / Eclissi / Mountains / Into Oblivion / Surrender / Eternity / Skal / Hexe
La nuit est maintenant tombée, en attendant le concert de Darkenhöld, on nous invite à sortir admirer le spectacle de feu.
Les soucis techniques s’accumulent, la fatigue également, et c’est avec une heure de retard que Darkenhöld entre en scène. Cela faisait huit ans que je n’avais pas revu le groupe en live, et mon esprit avait totalement occulté qu’Alexandre Ardisson, tête pensante de Belore, en faisait partie en tant que bassiste, de quoi me sortir un peu plus de ma torpeur. D’ailleurs, c’est l’ancien guitariste de Belore, Simon Brette, qui tenait le merch de Darkenhöld au festival, le monde du metal est décidément bien petit.
Le groupe s’était produit à la première édition du Dark Medieval Fest en 2019, et le chanteur Cervantes n’a pas manqué de faire part de leur joie de revenir jouer pour un tel événement qui leur sied particulièrement bien puisque le groupe fait partie des fervents représentants du black metal médiéval français, au même titre que Véhémence, Aorlhac et Sühnopfer. L’occasion de présenter un set tout beau, tout neuf, avec la sortie récente du sixième album Le Fléau du Rocher chez Les Acteurs de l’Ombre Productions. Au fur et à mesure, Darkenhöld a progressivement délaissé l’anglais au profit du français, et quand on fait du black médiéval, c’est tout de même plus cohérent de chanter dans sa langue natale, et cela renforce l’immersion dans l’univers du groupe. Dommage que l’heure tardive ne m’ait pas aidée à apprécier pleinement le concert, mais j’aurai le plaisir de m’offrir une session de rattrapage à la fin du mois au Fortress Festival en Angleterre (décidément, encore un événement à accointance médiévale) !
SETLIST : Oriflamme / Majestic Dusk Over the Sentinels / L’Ascension du Mage Noir / Incantations / Le Cortège Royal / Sous la Voûte de Chênes / Mystique de la Vouivre / Citadel of Obsidian Slumber / Pour le Royaume
Cela faisait dix-sept ans que les Allemands de Gernotshagen n’étaient pas revenus en France, un petit événement ! Bon pour moi, c’était il y a bien moins longtemps, étant donné que je les ai revus le mois dernier au Ragnarök Festival. L’avantage d’être cette fois-ci en tête d’affiche, c’était d’avoir un set plus long. Malheureusement, à cause du retard accumulé, le public était beaucoup plus clairsemé pour ce dernier concert. On dira que seuls les vrais sont restés jusqu’au bout.
Malgré tout, j’ai beau être une « warrior », la fatigue prenait trop le dessus, et aussi qualitatif soit le black pagan metal du groupe, j’avais du mal à rester concentrée, d’autant plus lors des passages plus atmosphériques. Cela ne remet absolument pas en question le professionnalisme du groupe qui était très content d’être là et qui a délivré une prestation de qualité, lors de laquelle le chanteur et les musiciens étaient habités et investis.
SETLIST : Erwachen / Eibengang / Widars Klagesturm / Mein Trusetal / Thursenhain / Dem Skirnir zu Ehren / Zyklus Tod
Et voilà, à presque 2h du matin, cette sixième édition du Dark Medieval Fest s’achève. Malgré les déboires techniques, c’était une très bonne journée, hors du temps. Le festival a battu son record d’affluence cette année, et grâce à la bonté de son mécène, nous espérons que les galères financières ne seront bientôt plus qu’un mauvais souvenir et qu’il parviendra à perdurer. Un grand merci à Nathaniel pour l’accréditation et le partenariat, au plaisir de revenir couvrir une prochaine édition !


















