A Forest of Stars – Beware the Sword You Cannot See

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Êtes-vous prêts à revivre un voyage spatio-temporel ? Je vous pose la question car le groupe anglais A Forest of Stars revient nous envahir de son univers excentrique avec leur quatrième expérience musicale, Beware the Sword You Cannot See. Je parle de groupe, mais sans doute devrais-je les présenter comme the Gentlemen Club, confrérie victorienne de la fin du XIXe siècle. Car A Forest of Stars, c’est ça, l’alliance détonante entre les sonorités classiques et metal, qui rend finalement leur musique universelle et accessible. La recette appliquée sur l’album précédent Shadowplay for Yesterdays portait déjà ses fruits, et les gentlemen visionnaires parviennent à aller encore plus loin, avec des compositions originales et plus audacieuses que jamais, tout en restant mélodieuses et abordables.

Le périple commence dès l’artwork, réalisé par l’illustrateur Alex CF, et définitivement différent de ce que le groupe nous proposait jusqu’alors. Exit la pochette sobre du type The Corpse of Rebirth (2008) ou « burtonesque » sur Opportunistic Thieves of Spring (2010). Là encore, A Forest of Stars dépasse les limites, et offre une image encore plus colorée et détaillée que celle de Shadowplay for Yesterdays. Colorée certes, mais absolument pas gaie pour autant : au milieu des étoiles, un Ouroboros entouré de crânes, de squelettes et d’un corbeau, et encerclant un loup flamboyant. L’imagerie animale et folklorique est donc de mise, dans sa dimension la plus sombre.

On peut aisément distinguer deux parties dans cet album, l’une comprenant les cinq premières chansons, l’autre formant à elle seule un morceau en six mouvements, « Pawn on the Universal Chessboard ». Les pistes sont longues, allant de six à vingt-deux minutes si l’on considère la deuxième partie comme un morceau à part entière, et promettent un développement important des ambiances et des mélodies. Autant les cinq premiers morceaux pourront être écoutés séparément, mais pour les différentes parties de « Pawn on the Universal Chessboard », cela n’aurait aucun sens.

De par une forte inspiration de la période victorienne, Beware the Sword You Cannot See est un album archaïque et peut à juste titre être qualifié de cylindre phonographique (ancêtre du disque inventé par Edison). Ce nouvel album concept témoigne des excès corporels et spirituels (opium, absinthe et rites occultes), et développe davantage les angoisses existentielles, à savoir le trépas et la démence, à travers une musique hypnotique et fantomatique.

Bon sinon, côté style ça donne quoi ? Beaucoup de choses j’ai envie de dire, et il n’y a rien de plus plaisant de la part d’un groupe qui exploite la dimension progressive. Voici donc un des grands points forts de l’album : VA-RIE-TE ! Bien que le côté black soit le plus représenté, avec des tremolo picking, des distorsions et des blast beats en veux-tu en voilà, le groupe explore moult univers : le folk, grâce au violon et au synthé imitation cornemuse de « Drawing Down the Rain », le doom comme lors de l’association violon/voix parlée dans « Hive Mindless », l’art rock progressif dans le tentaculaire « Virtus Sola Invicta », le psychédélisme dans « Proboscis Master Versus the Powdered Seraphs », et le symphonique que l’on pourrait par moments comparer à ce que faisaient Genesis dans The Lamb Lies Down On Broadway, ou encore Pink Floyd dans Atom Heart Mother. Le bridge flute/guitare/batterie suivi de la mélodie du violon dans « Virtus Sola Invicta » en est un parfait exemple, le classique et le rock s’associent à merveille pour créer une ambiance grandiose.

Plusieurs écoutes sont nécessaires pour saisir toutes les subtilités que présente Beware the Sword You Cannot See, sorti via Lupus Lounge (Dordeduh, Eis, Farsot, Helrunar, Negura Bunget, Nhor, Secrets of the Moon), sous-label de Prophecy Productions. Le mixage et le mastering, assurés par Rob Hobson (Tom Quayle, The Afternoon Gentlemen, Party Cannon, XisForEyes, Liber Necris …), sont exécutés avec brio, et nous font profiter d’une richesse dans les sons et d’une nuée de détails. La qualité est moins nette dans les passages les plus rapides, mais c’est ce surplus d’instrumentation qui nous aspire dans une spirale infernale et qui crée une atmosphère terriblement chaotique, comme dans l’introduction de « Hive Mindless ». On a alors la sensation d’être harassé par une multitude de sonorités retranscrivant le tourment de l’âme humaine.

Les voix sont un autre sujet incontournable de cet album. J’ai tenté de chercher une voix comparable à celle de Mister Curse. Dans le même genre théâtral, j’avais pensé au groupe français Pensées Nocturnes. « Théâtral », c’est le mot. Avant même de penser « musique », j’ai pensé « cinéma ». C’est pourquoi le premier nom qui m’est venu à l’esprit, c’est Vincent Price. En écoutant ce chant déclamatoire et tourmenté à faire froid dans le dos, j’avais vraiment l’impression d’entendre l’acteur qui prêtait sa voix de narrateur dans le court-métrage Vincent de Tim Burton. Dans « A Blaze of Hammers », on pourrait vraiment imaginer un homme raconter une histoire de fantômes à ses amis au coin du feu, la nuit dans un manoir. La multitude de voix ectoplasmiques et quasi inintelligibles favorisent grandement l’atmosphère d’épouvante, et nous procurent un sentiment de harcèlement, notamment dans « Proboscis Master Versus the Powdered Seraphs », et dans la partie 5 de « Pawn on the Universal Chessboard » où la voix black est au paroxysme du sinistre. Frissons garantis ! Le chant de Katheryne vient contrer cette ambiance pesante pour apporter une sérénité absolue, et nous envelopper de son voile protecteur, comme dans « Drawing Down the Rain » et dans les parties 1, 3 et 6 de « Pawn on the Universal Chessboard ».

A Forest of Stars se résume donc ainsi : jusqu’au boutiste. Plus que jamais, les alchimistes poussent leur identité à l’extrême, pour une musique des plus déroutantes et digne d’une mascarade. Leur approche expérimentale est inhabituelle et délicieusement déconcertante, et les Anglais parviennent à innover, tout en préservant l’aspect traditionnel. Beware the Sword You Cannot See est une perle qui place définitivement le groupe au rang de génie.

Fée Verte

9.5/10

Tracklist

1. Drawing Down the Rain

2. Hive Mindless

3. A Blaze of Hammers

4. Virtus Sola Invictas

5. Proboscis Master Versus the Powdered Seraphs

6. Pawn on the Universal Chessboard : Mindslide

7. Pawn on the Universal Chessboard : Have You Got A Light, Boy ?

8. Pawn on the Universal Chessboard : Peerdurabo

9. Pawn on the Universal Chessboard : An Automaton Adrift

10. Pawn on the Universal Chessboard : Lowly Worm

11. Pawn on the Universal Chessboard : Let There Be No Light

Sortie : 27/02/2015

Liens du groupe :

http://www.aforestofstars.co.uk/

https://www.facebook.com/aforestofstars

http://a-forest-of-stars.bandcamp.com/

 

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