Wormwood – Nattarvet

Le premier album de la formation suédoise Wormwood, intitulé Ghostlands : Wounds from a Bleeding Earth et sorti chez le label néerlandais Non Serviam Records, avait ni plus ni moins fait partie de mes albums préférés de 2017. Le 6 mai dernier, le groupe annonçait un deuxième album intitulé Nattarvet (se traduisant par « l’héritage de la nuit »), dont la sortie était fixée au 26 juillet, cette fois-ci par l’intermédiaire du label suédois Black Lodge Records (également label de Merciless, pour ne citer que l’un des plus connus). A ce moment-là, bien qu’aucun extrait ne fut encore dévoilé, je m’étais empressée de pré-commander l’album dans sa version vinyle colorée (et pour que j’achète un album à l’aveugle, c’est dire si j’étais totalement confiante). Comme pour Ghostlands, la pochette a été réalisée par l’artiste allemand Mario Polzin.

Outre le changement de label, Wormwood a dû faire face l’an dernier à un nouveau changement dans son line-up : le bassiste Borka a décidé de voguer vers de nouveaux horizons, et le groupe passe ainsi de quintet à quartet. Comme l’avait évoqué Tobias Rydsheim dans l’interview, guitariste lead du groupe, celui-ci assurerait également sur le nouvel album les parties de basse (et de claviers), en attendant de trouver un membre permanent.

Tandis que Ghostlands se concentrait principalement sur le cosmos fascinant et les paysages grandioses de Scandinavie, Nattarvet est bien plus personnel, et aussi plus sombre que son prédécesseur. En effet, l’album traite un événement particulier de l’Histoire suédoise qu’est la famine de 1867-1869, et rend ainsi hommage à ces gens qui ont vécu à cette époque marquée par la solitude et la lutte pour sa survie. L’album raconte l’histoire de ces gens isolés et tombés dans l’oubli, de ces familles qui ont péri à cause des hivers trop rudes, de la rareté de la nourriture et du manque de confort dans les hameaux de la taïga suédoise. C’est l’histoire de ces personnes, et donc l’héritage du peuple suédois actuel. A travers sept chansons, Wormwood traite un aspect lié à cet événement sombre de l’Histoire.

L’album commence par « Av Lie och Börda » (La Faux et le Fardeau).  La scène se passe pendant la famine de 1860 en Suède. Alors que beaucoup de personnes ont migré vers l’Amérique, certaines sont restées en Suède dans l’espoir que les choses s’amélioreraient, mais en vain. Ces pauvres fermiers ont lutté durant des hivers interminables et ont fait face à des mauvaises récoltes et à une misère indicible. Suite à une intro à la guitare saturée, on passe à un black metal en mid-tempo, avant une accélération black mélodique bien brutale à la Naglfar. Comme je l’avais évoqué dans ma chronique de Ghostlands, Wormwood sublime ici toujours autant son black mélodique, tout d’abord grâce à des mélodies « folkisantes » notamment véhiculées par le violon du musicien guest Martin Björklund (guitariste live et violoniste de session de Månegarm, et guitariste du groupe de death metal Wachenfeldt), que l’on pouvait déjà retrouver dans Ghostlands. Quant au chant, celui-ci reste majoritairement black, mais n’en est pas pour autant dénué de nuances. Nine adopte en effet par moments un ton plus torturé et rauque qui n’est pas sans rappeler celui d’Erik Grawsiö, chanteur de Månegarm. Bien que les influences du groupe soient multiples, Månegarm reste donc le premier nom qui nous vient à l’esprit à l’écoute de l’album. Si comme moi vous êtes adepte des solos de guitare, tantôt black épique, tantôt rock atmo, vous allez être servi ! A titre personnel, j’ai tendance à préférer les passages rock atmosphérique rappelant fortement Dire Straits, non seulement parce que je suis une fan inconditionnelle de la formation britannique, mais aussi parce qu’ils apportent une originalité certaine dans la musique de Wormwood. Le morceau s’achève de manière entraînante avec le violon en premier plan.

Le deuxième morceau, « I Bottenlös Ävja » (se traduisant littéralement par « la vase sans fond »), a été le second extrait de l’album dévoilé il y a une semaine. Celui-ci relate l’histoire d’une vieille femme prise dans une tourbière et courant lentement à se perte. Son esprit demeurait dans le marais et hantait ceux qui osaient s’y aventurer. Le ton est de prime abord plus mélancolique, avec une introduction menée par l’harmonium, avec le gazouillement des oiseaux en fond, avant d’entendre un duo violon/Härjedalspipa (ancienne flûte suédoise traditionnelle). Mais le calme est de courte durée, les instrumentations metal explosent soudainement, dans une veine Black mélodique véloce. Le bridge rock atmosphérique mené par le chant clair du guest Mika Kivi, chanteur/guitariste du groupe de black metal finlandais Paara, puis la conclusion rock, sont ici les bienvenus, faisant joliment contraste avec les passages plus agressifs du morceau.

« Arctic Light », à l’introduction Black metal plus rentre-dedans, est l’un de mes morceaux préférés de Nattarvet. Le morceau est inspiré du livre Au royaume des glaces – l’impossible voyage de la Jeannette d’Hampton Sides, et conte l’histoire d’un homme qui a fait naufrage au XIXème siècle, quelque part dans la région arctique. Il se perd et devient fou, puis ne fait plus qu’un avec la lumière arctique. Là encore, ce n’est pas tant pour l’aspect bourrin que j’apprécie ce morceau, mais pour son bridge rock atmo avec une montée en intensité marquée par la batterie de D. Johansson, ses deux solos épiques entrecoupés d’un autre bridge atmosphérique et une explosion brutale avec un growl plus caverneux. Que de passages qui me donnent des frissons.

« The Achromatic Road » rend hommage à un autre ouvrage qu’est La Route de Cormac Mccarthy, dans lequel le personnage principal évolue dans un monde gris et dans la misère. Sa solitude le mènera à sa perte. Ce morceau en mid-tempo allie à la perfection l’épique et l’atmosphérique.

« Sunnas Hädanfärd » (La Mort de Sunna) fait référence à la déesse du soleil Sunna, également appelée Sól, et plus particulièrement à sa chute. Elle perd de son éclat ainsi que toutes les personnes qui meurent avec elle. Le Ragnarök approche et retournera le monde. On revient à un morceau plus rentre-dedans typé black mélodique (bien que le rythme plus soutenu soit toujours alterné avec le mid-tempo), qui m’a personnellement beaucoup fait penser au groupe de black atmosphérique épique indonésien Vallendusk. Ce que j’apprécie particulièrement dans ce morceau, c’est (encore) le bridge rock atmosphérique, suivi d’une montée en intensité créée par la voix d’Erik Grawsiö, chanteur guest sur l’album, ainsi que la conclusion folk menée par le violon.

« Tvehunger » (« Double Faim ») aborde une thématique plus folklorique que dans les autres morceaux de l’album, puisqu’il fait référence à l’éveil d’une meute de loups-garous qui pillèrent une ville. La chanson ne parle pas tellement des créatures, mais plutôt de la lycanthropie, puis de la tristesse et de la terreur qui régnaient dans le village. Cela explique ainsi le caractère plus menaçant du morceau, notamment véhiculé à travers les riffs et les growls. Qui dit « thème folklorique » dit « sonorités folk », que l’on retrouve tout d’abord dans l’introduction, puis tout au long du morceau avec quelques passages au violon. Mais ce n’est pas tout ! Un peu avant la quatrième minute (à partir de 3:49 très exactement), des chœurs épiques masculins entre Moonsorrow et Finsterforst retentissent, et sont mêlés au Kulning de la chanteuse guest Moa Sjölander. Pour rappel, le Kulning est une technique de chant traditionnel scandinave utilisée dans l’élevage et est très difficile à faire. D’ailleurs, j’avoue avoir mis beaucoup de temps à me rendre compte de la présence de ce chant féminin, car à la première écoute, celui-ci est si aigu que l’on a presque l’impression d’entendre une flûte ! De ce fait, je trouve cela un peu dommage que la voix de Moa ne soit pas davantage mise en valeur, dans la mesure où j’avais beaucoup apprécié la présence d’un chant féminin (assuré par Alexandra Moqvist) sur Ghostlands. Au même titre que les passages rock atmo, je trouve que les vocaux féminins apportaient également une touche d’originalité. Je pense que cela aurait été une bonne idée que Moa fasse par exemple une apparition sur « Sunnas Hädanfärd », puisque ce morceau met à l’honneur un personnage féminin.

L’album s’achève en beauté sur le plus long morceau qu’est « The Isolationist », avec ses douze minutes au compteur. Il s’agit du premier extrait dévoilé il y a un peu plus d’un mois, et même en ayant écouté l’album dans son intégralité, il reste mon morceau préféré. Dans ce morceau, le thème de la solitude est encore évoqué, cette fois-ci à travers l’histoire d’un homme qui refuse de quitter sa maison au milieu de la forêt. Sa femme meurt de vieillesse, et pourtant, il reste et dépérit dans l’obscurité. Ce morceau me touche beaucoup, car il fait référence à l’attachement d’une personne pour sa terre, même si les conditions de vie sont loin d’être idéales. Finalement, Wormwood se sert d’une histoire en particulier pour parler d’un sujet universel dans lequel l’auditeur contemporain peut se reconnaître. Ce morceau majoritairement instrumental est à mon sens le plus épique de l’album, mais aussi très mélancolique et atmosphérique, avec ce long bridge planant pouvant fortement faire penser à Pink Floyd, et plus particulièrement au moment de la reprise rock épique à la The Wall.

Pour ma part, Wormwood parvient avec son nouvel album à associer avec brio tout ce que j’aime dans le metal, et dans la musique en général : l’épique, le mélancolique, le mélodique, et même par moments le festif (toutes proportions gardées). La formation suédoise offre un excellent successeur à Ghostlands, qui devrait la hisser au panthéon des groupes de black mélodique les plus prometteurs de la scène actuelle.

Fée Verte

9/10

Tracklist :

  1. Av Lie och Börda

  2. I Bottenlös Ävja

  3. Arctic Light

  4. The Achromatic Road

  5. Sunnas Hädanfärd

  6. Tvehunger

  7. The Isolationist

Date de sortie : 26 juillet 2019

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