Wardruna à Paris et Berlin, octobre 2017

Pour la tournée européenne de Wardruna, l’équipe de Valkyries était présente pour deux dates, avec Fée Verte à Paris, et Auregann à Berlin !

Fée Verte

Samedi 14 octobre 2017, direction La Cigale dans le XVIIIème arrondissement de Paris pour un concert qui, sans surprise, s’est trouvé complet en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Moins d’un an après leur dernier passage au Trabendo, Wardruna était en effet de retour dans la capitale pour leur première date d’une courte tournée européenne (six concerts seulement).

J’arrive sur place une demi-heure avant l’ouverture des portes. Je me trouve stupéfaite face à cette file interminable de fans, et de ce fait, également inquiète : je n’ai jamais eu l’occasion de voir Wardruna, et je craignais que mon baptême folk/pagan ne soit pas aussi envoûtant si j’avais le malheur de me retrouver au fond de la salle … Advienne que pourra, à 19h, dès mon entrée dans la jolie salle aux airs d’opéra, je me précipite vers les gradins en espérant y trouver le spot idéal pour profiter au maximum du concert. Et contre toute attente, une petite place m’attendait, près du balcon, quasiment face à la scène. Parfait !

On prend les mêmes et on recommence ! Trois-quarts d’heure plus tard, les Toulousains de Dayazell entrent en scène. J’étais un peu déçue que Kaunan n’assure pas la première partie comme c’est le cas pour les autres dates de la tournée, mais ayant entendu dire beaucoup de bien de la formation midi-pyrénéenne, la découverte s’annonçait bonne pour ma part.

Dès le premier morceau, je constate que la musique de Dayazell est très proche de celle de Wardruna. A la différence où tandis que les uns nous font voyager dans les contrées nordiques, Dayazell choisit de nous emmener dans les pays chauds, de l’Europe du sud jusqu’à l’Orient. Les touches orientales sont d’ailleurs bien présentes dans la musique du groupe, véhiculées notamment par la darbouka, le tar, l’oud, le cistre et le ney. Outre la capacité de multi-instrumentiste des musiciens, ce qui m’a transportée, c’est la jolie voix de la chanteuse, Isao Bredel, faisant également partie du projet de folk électro Möng. Mention spéciale également aux costumes qui rendaient l’immersion encore plus totale. Une découverte bien sympathique donc en ce début de soirée, dont le set n’aura duré que trois petits quarts d’heure.

Il est maintenant 21h, et lorsque les lumières s’éteignent pour l’entrée en scène de Wardruna, c’est l’hystérie collective dans la salle. Je me suis souvent demandée pourquoi l’enthousiasme était si fort pour la formation norvégienne, et je n’allais pas tarder à le comprendre.

Wardruna, Berlin, 2017

Lorsque les lurs retentissent sur l’introduction « Tyr », les frissons me parcourent déjà l’échine. Voir deux musiciens au milieu de la scène avec leurs ombres gigantesques derrière eux, ça ne paye pas de mine dit comme ça, mais en live, ça faisait vraiment son petit effet. Les jeux d’ombre et de lumières aidaient d’ailleurs beaucoup à instaurer les différentes ambiances tout au long du spectacle. Bien sûr, l’atmosphère était surtout mystique, mais aussi tantôt guerrière, tantôt pesante, ou bien au contraire apaisante. La musique du groupe était sublimée par l’excellente acoustique de la salle.
Les moments forts du concert, c’était lorsque Einar Selvik et sa troupe chantaient en choeur a cappella, il y avait une aura particulière qui imprégnait la salle toute entière, des premiers rangs jusqu’aux gradins. Durant tout le concert, le public a d’ailleurs fait preuve d’un calme religieux lorsque le groupe jouait, mais dès que la musique s’arrêtait, un tonnerre d’applaudissements retentissait. En parlant de tonnerre, mon coeur a fait boum pendant mon morceau préféré « Heimta Thurs », et à la fin de celui-ci, on a vraiment cru que l’heure du Ragnarok était venue, car le lourd grondement mêlé aux lumières blanches donnaient véritablement l’impression que l’orage tonnait.

A noter enfin que les musiciens ont joué quasiment sans aucune interruption. Seul Einar s’adressera au public au moment du rappel et à la toute fin du concert. Enfin, pour en placer une, c’était assez difficile, car pendant plusieurs minutes, c’était la standing ovation. La réaction d’Einar ne s’est pas faite attendre : « You’re crazy ! ». Le concert s’achèvera au bout d’une heure et demi sur « Snake Pit Poetry », morceau s’inspirant de la poésie nordique et rendant hommage au héros viking Ragnar Lodbrok. Einar est alors seul sur scène accompagné de sa kraviklyra, tel un ménestrel du grand Nord. Un silence de plomb régnait, tout le monde semblait comme ensorcelé et hypnotisé.

Ce moment marqua la fin d’un concert intense comme j’en ai rarement faits. Wardruna, vous m’avez conquise. Merci aux deux groupes qui nous auront fait passé une superbe soirée, et merci à Garmonbozia pour leur travail et l’accréditation.

Wardruna, Berlin, 2017

Auregann

De mon côté, c’est le 18 octobre, au Huxleys Neue Welt à Berlin, que je déboule impatiente de revoir Wardruna. Je les avais déjà vus au premier Ragnard Rock en 2015, et avais le souvenir de quelque chose de planant, relaxant, en même temps on était assis dans l’herbe loin de la scène après une journée de folie. Je me doute déjà que cette expérience sera bien différente.

Dans la salle pleine à ras-bord (comme dans bien d’autres villes, le concert était sold out) je constate un sympathique mélange entre des métalleux pur jus, des vikings à la pelle, et plein de paganeux-hippies semblant tout droit sortis du Castlefest. Rien d’étonnant vu le groupe, mais ça fait plaisir de voir de la diversité vestimentaire. J’ai même vu un punk à crête, c’est dire.

Mais trève d’observations sociologiques, on commence avec Kaunan, la première partie. Je n’avais pas eu le temps d’écouter leur musique, c’est donc vierge de tout a priori que j’observe les trois musiciens s’installer sur scène. On me souffle alors à l’oreille que le joueur de bouzouki n’est autre qu’Oliver Tyr, le chanteur et compositeur de Faun ! Et effectivement, j’entendrai moult similitudes dans les mélodies de ce charmant groupe de folk nordique. Ils nous interprètent une petite dizaine de morceaux, à la fois dynamiques et hypnotiques.

Kaunan, Berlin, 2017

Sur scène, on a une vielle à roue, maniée par un suédois jovial qui assurera le chant sur certains morceaux, une nyckelharpa, et le bouzouki d’Oliver qui frappe également une percussion au sol avec son pied. Le tout pour un résultat vraiment réussi. Le seul moment que je n’ai pas apprécié était un morceau étrange et grinçant, sur un rythme à neuf temps, auquel mon oreille n’était sans doute pas très habituée. Le reste était vraiment entraînant, mené d’une main de maître par le chanteur de Faun. Une vraie bonne découverte et j’ai hâte d’écouter leur premier album, « Forn » !

Passons maintenant à Wardruna. Ma collègue Fée Verte a déjà décrit l’ambiance mystérieuse qui régnait sur scène dès l’entrée du groupe. La sobriété est de mise, costumes très simples, peu d’effets de scène, et les musiciens restent la plupart du temps dans la pénombre, à l’exception d’Einar qui attire toute la lumière. Immédiatement, le charisme du chanteur impose le respect, mais les autres musiciens auront aussi leur place dans l’ensemble.

Wardruna, Berlin, 2017

Beaucoup de chœurs, des sons de basse impressionnants qui résonnent jusque dans les os, une foultitude d’instruments inconnus, une atmosphère mystique, voilà Wardruna en live. Je me laisse porter sans trop prêter attention à la setlist. J’ai l’impression de connaître tous les morceaux, mais je ne saurais dire d’où ils viennent. Le groupe jouera plusieurs pièces de la bande originale de Vikings.

Les voix sont évidemment magnifiques, que ce soit la voix de stentor d’Einar, les cris païens de Lindy, et les chœurs qui les accompagnent. Il y a des sons dans tous les sens, il y a des bourdons graves et des cordes frottées, des cors, des cris de corbeaux, et bien sûr, il y a les percussions, dont le son immense roule jusqu’à nous et nous choppe par la cage thoracique. Ecouter Wardruna en live, c’est un voyage, dans l’espace et dans le temps, une téléportation directe jusque dans les grandes plaines du Nord, les batailles féroces et les rituels dédiés aux dieux. Leurs morceaux sont autant de prières, d’hymnes, de chants de guerre. Ici point de guitares électriques et de sons saturés, mais bon sang quelle puissance, quelle énergie ! Pas étonnant que ce groupe aie gagné le cœur des métalleux.

Le set se termine après un magnifique morceau a cappella où les chanteurs lèvent les bras au ciel, imités par la foule, et une dernière chanson où le public scande « Yggdrasil » avec Einar.

Wardruna, Berlin, 2017

Le set s’est déroulé sans pause ni introduction des morceaux, et c’est seulement à la toute fin qu’Einar prend la parole, après une immense ovation. Il dira à cette occasion quelque chose qui m’a marquée : « Nous faisons quelque chose de nouveau, à partir de l’ancien. Nous ne sommes pas ici pour glorifier le passé. » C’est subtil, mais ça se pose là : non, Wardruna ne vit pas dans le fantasme d’une histoire guerrière et ne prône pas non plus une suprématie culturelle. Ils créent simplement leur univers particulier à partir des récits héroïques qui racontent l’histoire de nos ancêtres, là bas, parmi les Vikings.

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