Leaf – Lys

LEAF_LysOn va pouvoir dire que cette fin d’année 2015 est riche en sortie folk ! Après l’excellent Omdulö, est venu le premier album de Seed (qui arrivera bientôt sur le site, patience.), puis deux nouveaux albums d’Omnia sont annoncés, dont un pour mi-novembre, on ne sait plus où donner de la tête ! Et c’est sans compter sur le deuxième album de Leaf, mené fièrement par Kati Ran, qui vient nous apporter une bonne dose de douceur !

Manifestement le nord-est de l’Europe est un terreau très fertile en ce qui concerne les formations de pagan folk, cette contrée a vu naître des groupes comme Valravn, Virelai et Euzen au Danemark, Cesair, Omnia et Seed aux Pays-Bas, Omdulö et Faun en Allemagne, pour ce qui est des plus connus. Et ce qui est beau c’est qu’ils forment tous une belle famille qui s’entraident les uns les autres faisant croître leur art à travers le monde.
C’est donc ainsi, avec de bons amis aux commandes et des contributeurs motivés à la campagne de financement que ce deuxième album voit le jour, et putain c’est beau. Voilà c’est dit j’ai retardé l’évidence un maximum mais fallait que ça sorte. Je suis plongé dans ce Lys depuis plus d’une semaine et c’est à chaque fois avec difficulté que je quitte ce tourbillon de douceur, de mysticisme et d’allégresse.
Kati nous offre ici un album très personnel d’où l’on peut déceler de fortes inspirations provenant de la culture scandinave, allié à un sens de la mélodie et de la délicatesse tout à fait enivrant ! Au programme donc, de la poésie norvégienne, des rites finlandais, un morceau de poème d’une auteure américaine et des textes en vieux norrois.
C’est ainsi que débute le voyage. Au son d’un hammered dulcimer vient vite s’ajouter le chant de Kati et on est directement enrobé d’une atmosphère éthérée qui ne nous quittera que rarement durant l’album. Celui-ci se poursuit avec deux titres calmes faisant résonner pour l’un un duo de harpe et de kalimba et pour l’autre un bouzouki assez rêveur marqué d’une percussion plus insistante. On enchaîne ensuite sur trois titres plus dansants dont une réédition d’Under Nymanen présent sur le premier album qui se voit recomposé dans une atmosphère plus organique entraînant plus les pieds que l’esprit ! L’écoute se poursuit avec les deux chansons les plus calmes mettant l’accent sur la ligne de chant pour un déluge d’émotions non contrôlées. Puis Lys se finit sur deux titres très incantatoires à la structure très Wardrunienne, ce qui ne doit pas être un hasard au vu de la participation d’Einar Selvik pour l’aide à la rédaction du « Galdr », texte de conjuration magique scandinave, composant l’ultime piste de cet album.
Voilà, la première écoute finie le constat le plus évident qui m’est sauté aux oreilles est sans nul doute la puissance, la délicatesse, l’espièglerie, la candeur, le mysticisme, en bref, la toute beauté de la voix de madame Ran. Je suis absolument subjugué par le panel d’émotions que peut dispenser Kati ! Bien sûr ces émotions sont sublimées par l’accompagnement musical, les instruments et la voix formant un tout indissociable, mais j’ai la conviction que ce chant est le fer de lance de la musique de Leaf. J’ai déjà un peu poussé ma gueulante dans une autre chronique sur ces groupes de folk metal à chanteuse qui nous dispense d’une voix faussement pure, absolument dénuée d’émotions, et aussi vibrante qu’un gastéropode décédé. Mais là, c’est juste tout l’inverse. Kati, c’est ce genre de voix, quasi séraphique, presque froide mais au cœur de laquelle vibre l’étincelle brûlante de la vie. J’en fais trop ? Probablement, mais au diable l’objectivité, cette voix est belle et si vous avez deux ronds de gout, vous vous en rendrez compte !
Prenons par exemple Sol, le deuxième titre. Chanson à la gloire du soleil, ne peut-il pas mieux être mis en valeur que par cette alliance de harpe et de kalimba qui nous réchauffe délicatement au milieu des fameuses notes éthérées de la chanteuse qui n’hésite pas à pousser sur ses cordes vocales nous insufflant énergie et plénitude. Le décor est vite planté et l’on s’imagine parfaitement bien les grandes étendues scandinaves recouvertes d’une neige cotonneuse subissant les assauts d’un soleil flamboyant. Un des meilleurs titres selon moi.
Il y aussi Terveh, dont le texte est issu d’un rituel originaire du nord de la Finlande ayant pour but d’entrer en contact avec les esprits de la forêt, exclusivement exécuté par des femmes, la chanson se fait, pour le coup, plus organique au son d’un violon sauvage, presque autant que le chant de Kati qui est comme possédée apportant un timbre unique envoûtant l’esprit d’une manière experte. Il y a une justesse dans l’interprétation musicale de ces rituels qui me coupe le souffle, la composition montre un respect de la culture originelle total, c’est une adaptation humble qui en décuple l’impact. Le traitement est à rapprocher (mais pas égaler) du travail de Wardruna dans l’idée de l’authenticité. C’est aussi valable pour Suurin, autre rituel nord finlandais visant à prendre la forme d’un loup, cette chanson abandonne le coté dansant pour verser entièrement dans la transe et l’incantation aux sons d’un tambour chamanique grave et profond mêlé à une nyckelharpa grinçante et toujours cette voix qui, cette fois-ci, se fait sifflante nous perçant de ses paroles résolument païennes.
J’ai dit plus haut que cet album était personnel, car au-delà de cette culture scandinave qui lui semble très cher, Kati nous interprète une ballade en duo avec son auteure, Maria Franz (du groupe Euzen), et le résultat est d’une délicatesse absolue. Cette chanson vibre d’un lyrisme qui la rend presque fragile accompagnée d’un seul dulcimer rendant une instrumentale épurée, limpide et mélancolique. On peut imaginer par cet hommage le témoignage d’une amitié profonde et sincère et, avec ça en tête, Vinda se charge d’une émotion palpable.

Mais je ne vais pas tout vous dévoiler, cet album est assez riche pour vous occuper des heures et des heures d’écoute. Alors courez vous perdre dans les plaines enneigées du nord, plongez dans le lyrisme implacable de Leaf. Ce deuxième album regorge d’émotions qu’il ne tient qu’à vous d’éprouver. Qu’importe vos préférences, Lys fait pour moi partie des albums qui sont universellement beaux, justes et immanquables.

Grymauch

NOTE : 9.5/10

Tracklist :

  1. Flamme
  2. Sol
  3. Ran
  4. Terveh
  5. Harpa Toner
  6. Nymonen
  7. Vinda
  8. Fylgja
  9. Suurin
  10. Lys

Sortie : 13 Octobre 2015

Lien du groupe : Facebook, Bandcamp, Site Officiel.

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