Interview Drenaï [FR]

Interview réalisée le 11 Octobre 2014 conjointement avec la Guilde Folk/Pagan/ Médiéval dans le cadre de la soirée pagan “HBZ Midgard” organisée à Rennes par Hellbreizher.

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  • Pour commencer, vous pouvez vous présenter ?

Ben : Salut ! Donc Ben, je suis le bassiste, le mec qui fait du bodhrán, je fais des choeurs dans Drenaï. J’ai démarré un peu le groupe à la composition. J’ai été rejoint rapidement à la composition en 2012 par Guillaume, qui est là-bas en train de manger. Et voici mon alter égal…

Diego : Donc Diego, au chant lead essentiellement, et qui va gérer derrière un petit peu la scène, tout ce qui va être autour de l’administratif, de la com, de la prise de contact, etc…

  • Cette année, vous sortez un nouvel album ?

Diego : Complètement !

Ben : Ah oui, oui, c’est très très frais…

Diego: Tout frais de la veille !

Ben : La sortie officielle de l’album était hier. Ca va être dur de faire plus nouvelle, là vous êtes dessus !

  • Vous pouvez nous parler un peu de cet album ? Comment vous l’avez enregistré, les paroles…

Ben : Il faut savoir que Drenaï à la base, ça va peut-être revenir sur une question plus tard, mais ça reste un hommage à David Gemmell, c’est marqué sur nos t-shirts, enfin vraiment, on aime vraiment beaucoup ce monsieur. Je vous laisserai regarder sur internet qui est David Gemmell, et ça vous apprendra. Pour ce qui est de l’album en lui-même, on parle de l’histoire de Druss, Druss la légende qu’on appelle donc le Marche-Mort, Diego en accent anglais stp !

Diego : Deathwalker !

Ben : Il fait beaucoup mieux l’accent anglais que moi… L’histoire, on a essayé d’avoir une espèce d’histoire cohérente du début jusqu’à la fin de l’album, donc le pitch de l’album c’est Rowena, qui regarde un peu les aventures de son Druss, car il faut savoir que Rowena est la femme de Druss et est une voyante, elle a des petits pouvoirs.

Diego : Et en fait on va être sur un cycle un petit peu de quête initiatique. Ce n’est pas le premier roman qu’écrit David Gemmell sur le sujet, il a commencé par raconter la mort de son héros fétiche, Druss la légende, qu’on évoque aussi dans l’album d’ailleurs.

Ben : Il meurt à la fin…

Diego : Un petit peu comme Jésus. On est désolés ! C’est un peu notre Jésus à nous d’ailleurs, la croix en moins, la hache en plus… La résurrection il la fait. Du coup ce qui va se passer, c’est que dans Deathwalker, on va aborder justement toute la formation du héros, c’est à dire la perte de sa femme, et sa quête qui va durer plusieurs décennies pour aller la retrouver en fouillant un empire entier la hache à la main.

  • Donc Deathwalker, le titre de l’album, le Marche-Mort…

Diego : Alors le Marche-Mort, c’est donc Druss, héros Drenaï, donc cycle complètement fictionnel écrit par David Gemmell, auteur britannique, qui est décédé en 2006.

Ben : C’était le surnom de Druss que lui avaient donné les Nadir.

Diego : Nadir ! Qu’est-ce que les Nadir ?

Ben : Tu le fais super bien ,on peut vous faire le télé-achat, on est assez efficaces !

  • Est-ce que le Deathwalker ça a quelque chose à voir avec la personnification de la mort dans les légendes bretonnes ?

Diego : Non, du tout. Le surnom de Deathwalker c’est donc celui qui marche avec la mort à ses côtés, celui qui apporte la mort, mais c’est surtout celui qui apporte la mort en allant trancher à grands coups de hache ses ennemis. C’est un surnom honorifique qui lui est donné par un peuple, un ensemble de tribus, que sont les Nadir, directement inspirés des hordes de Mongols de Gengis Khan. Tu prend Gengis Khan, tu changes un peu les noms et tu as Ulric l’unificateur. Et dans un autre bouquin, dont on parlera plus tard, justement Druss va partir vivre une aventure dans le pays Nadir, et va se retrouver à gagner son surnom qui est une marque de respect au final.

Ben : Pour reprendre l’histoire, Marche-Mort c’est un mortel, au début c’est juste un type particulièrement balèze à la hache…

  • C’est le héros de la mort…

Ben : Ben disons comme Achille dans la Guerre de Troie. C’est le mec le plus balèze du monde. C’est Conan.

Diego : Si on peut faire un parallèle, David Gemmell va s’inspirer de faits historiques, c’est à dire qu’il a des batailles qui vont reprendre un peu l’histoire des Thermopyles, il va avoir des batailles qui vont plutôt tirer leur inspiration de Fort-Alamo par exemple, donc des trucs complètement épiques avec un dernier carré de courageux survivants face à une armée 100 fois plus nombreuse, en défense de préférence. Mais par contre il s’en tient à ça, il a un autre cycle qui va aborder notamment tout ce qui va être peuple écossais avec des guerres d’indépendance, que ce soit à l’époque des romains ou plus tard à l’époque de Rob Roy, c’est un autre univers qui s’appelle les Chroniques de Rigante, et à chaque fois on est dans de l’historique. David Gemmell aborde au final très peu les histoires liées à la religion. Ce qui va être magie et mystique chez lui, est abordé de façon très saine, celle du rituel dégueulasse avec de l’invocation démon issu du chaos et autres.

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  • Du coup pour ce qui est du nouvel album, ça s’est passé comment au niveau composition, vous l’avez enregistré où ?

Ben : Alors, pour ce qui est de l’album, j’avais mentionné le rôle de Guillaume. Il a vraiment été un type-clé dans l’enregistrement, parce qu’il y a un truc qui est important de savoir avec Drenaï : la musique que vous entendez sur l’album n’est pas la même qu’on joue en live. En fait, le principe dans la musique live, c’est que les gens qui viennent nous voir vont entendre seulement les vrais instruments. Sur l’album on s’est lâchés à mort sur les arrangements, on a invité des potes choristes de l’opéra, on a invité une nana qui fait de la harpe, on a du hautbois…

Diego : On en a mis des tonnes avec l’orchestration, pas de programmation.

Ben : Tous les éléments que vous entendez, ce sont des trucs qu’on joue parce qu’on tient à ce que les gens qui viennent en live aient une expérience différente que juste réentendre l’album. Comme ça y a des gens qui sont vraiment fans de ce qu’on fait, en gros y en a trois pour l’instant, mais ils ont la version album avec vraiment les arrangements, le truc clean à mort, et la version live où, là vraiment notre carte maîtresse c’est l’énergie qu’on met sur scène. On est un peu spécialisés là-dedans : généralement, on est les premiers à passer sur les scènes, et on nous a dit « vous chauffez la salle ! ».

Diego : C’était le bordel !

Ben : Pour ce qui est de l’album, Guillaume, le gratteux, a énormément bossé sur les arrangements, il a fait un travail gigantesque pour tout ce qui est composition des parties de choeur. Là où moi, vraiment, à un moment donné je ne peux plus suivre. J’ai des notions en musico, mais lui a poussé le truc plus loin, il est vraiment balèze en arrangements. Ce qui s’est passé, c’est qu’une fois les partitions écrites, on a… la base, le squelette, ça reste ce que l’on joue en live évidemment, il n’y a pas de modification radicale du squelette du morceau. Par contre, on a démarré vraiment classiquement, c’est à dire on enregistre la batterie, on enregistre la basse, par dessus on met les guitares, par dessus on met les instrus folk, par dessus on rajoute les voix, et ensuite on rajoute tous les guests. C’est comme ça que ça s’est passé. On a bossé uniquement en home studio chez un pote.

  • Moi je voulais demander justement à propos du financement de l’album. Vous avez fait un crowdfunding qui apparemment a bien marché… D’où est venue cette idée ?

Ben : On est fauchés ! On n’a pas une thune…

Diego : L’idée c’est qu’on avait pas le budget à moins d’aller craquer un prêt supplémentaire ou de se condamner à manger des pâtes pendant un an. A un moment donné on sentait nous le besoin, on avait énormément accru notre répertoire en l’espace de 6 mois, on avait une date qui nécessitait 1h30 de set, donc il fallait qu’on accroisse vraiment ce qu’on était capables de produire sur scène. Une fois donc qu’on avait fait tout ce processus là de création, on s’est dit « maintenant qu’on a ça, faut vraiment qu’on passe à l’album ». La démo qu’on a sortie l’an dernier c’est bien, c’est du brut de décoffrage, c’est de la prise unique. Moi j’avais déjà vu 2/3 projets de crowdfunding, notamment dans le cadre de production de jeux de rôles ou autres. On ne tient pas trop à ce qu’il y ait un concept d’actionnaire majoritaire. En gros, pour l’instant je suis un peu le seul à avoir un peu de thune d’avance pour Drenaï, et si jamais je me retrouve à balancer de la thune, de la thune, de la thune, ça ne me dérange pas mais on arrive à un moment où je paye tout, et ça devient vraiment déséquilibré dans ce que peuvent apporter les musiciens en terme de place. Pour que tout le monde reste à un statut équivalent dans le groupe, pour éviter qu’il y ait vraiment un déséquilibre, on s’est dit « bon, on va demander aux gens, à notre public, aux gens qui nous soutiennent… »

Diego : C’est le principe de base d’un crowdfunding, le principe de base, c’est vraiment d’aller inciter des gens qui nous apprécient et nous soutiennent déjà, à financer. C’est pour ça que la base de la contrepartie qu’on proposait, c’était l’album. Le but pour nous c’était peut-être… moi ce que j’ai bien aimé, c’est voir ce qu’on était capable de mettre en place sur une période longue, en terme de communication, et aussi justement en terme d’attente qu’on était capables de générer. Là dessus ça a largement dépassé nos attentes.

Ben : On tenait la barre, ça allait.

Diego : Ensuite, comme on s’est dit qu’on n’allait pas non plus demander aux gens 500€ pour une paire de baguettes, on ne se sentait pas de demander trop par rapport aux contreparties, donc au final les contreparties nous ont aussi coûté une blinde, et donc là, à l’heure actuelle on est tout juste.

  • Vous avez réussi à récolter combien au final si ce n’est pas trop indiscret ?

Ben : Ce n’est pas du tout indiscret…

Diego : 2,897€ récoltés. Et on était à 193% de notre objectif de départ.

  • De quoi passer 1 ou 2 semaines en studio pro…

Ben : Ah non, mais non. Encore une fois on était en home studio, donc tout est vraiment du home-made. Ce qu’il faut comprendre, c’est que sur la thune totale qu’on a récupérée, donc mettons 3,000€

on gagner du temps, on retire, il faut retirer le prix brut de toutes les contreparties qu’on propose, et comme on aime pas trop quand même prendre les potes pour des pigeons, je ne sais pas si t’as regardé un peu la liste des contreparties, mais vraiment les gens qui nous ont donné l’argent, on a essayé qu’ils aient un retour vraiment intéressant. Et là dessus, c’est aussi pour ça que notre crowdfunding a bien marché : c’est parce qu’ils donnent de l’argent, mais par contre ils récupèrent…

  • Donc en fait, Deathwalker, on pourrait dire que c’est une galette qui a été produite par le travail collectif d’un groupe de potes ?

Ben : Carrément ! C’est du boulot d’équipe !

Diego : On est complètement là-dedans…

Ben : Je crois que là, à l’heure qu’il est, on a quelque chose comme 50€ de marge sur la totalité du crowdfunding à tout péter…

Diego : Et on va les passer dans les envois de skeuds.

Ben : Parce que l’argent qu’on a récupéré en rab, on s’est dit « bon bah ok, si on peut, mettons faire l’emballage un truc un peu plus classe pour les contributeurs on prend, si on peut faire un envoi colissimo on prend »…

  • Je voulais revenir à votre inspiration de Gemmell, dont on a déjà parlé. C’est quoi votre œuvre préférée ?

liveBen : Légendes. Ca me prend vraiment aux tripes, je pleure à chaque fois…

Diego : Tout pareil ! C’est un bouquin fondateur, c’est son premier, celui qui l’a lancé, et pour moi ça reste le meilleur qu’il ait écrit.

  • Dernière question : je voulais vous demander un petit peu, parce que mine de rien vous êtes l’un des groupes les plus porteurs de la scène folk metal en France ; comment vous voyez le folk metal dans la scène un peu internationale, ou comment ça se passe pour le folk metal en France au niveau programmation et tout ça ?

Ben : Le metal de toute façon c’est un public de niches…

Diego : …et on est une niche dans un public de niches.

Ben : C’est ça. Ce qui est très bien, c’est que finalement les groupes de folk metal en France, on est quelque chose comme 10 ou 15, du coup c’est très très vite fait de se connaître tous, de se monter un réseau, de commencer à se refiler des plans.

Diego : Et comme le public, il n’y en a pas tant que ça, et qui se déplace spécifiquement pour les dates folk, et bien ce qui est super, c’est qu’on peut tous bosser ensembles, et être dans une démarche vraiment d’entraide, et de vraiment monter un réseau, une scène qui nous permette d’échanger et de faire de la date, vu que le but et quand même la base quand on est un groupe, ça dépend ds optiques, il y a des groupes de studio, mais c’est la scène. C’est échanger, transmettre de l’énergie à des gens, découvrir d’autres zicos, discuter…

Ben : C’est clairement ce concept du plaisir !

Diego : A la base on reste toujours un groupe amateur, on fait ça parce que qu’on aime ça.

Ben : Il y a vraiment ce bonheur de jouer finalement.

Diego : Et de voir des gens kiffer etc… c’est vraiment ce qui est intéressant. Je veux dire, tu vas pas demander à des mecs de faire 10 heures de bagnole dans leur weekend, de charger du matos pour 45mins de set s’ils ne sont pas là pour se faire plaisir sur scène ! Quand tu vois des mecs qui font ça pour faire « On dit bonjour. Et on dit peut-être au revoir. », bon les gars, c’est pas quand je vais voir un concert.

Ben : Pour répondre à la question, pour la place de la scène folk, bah je trouve qu’elle est très représentée. Il y a une sorte de gros regain d’intérêt pour cette scène a priori à partir des années 2000, je vais sûrement me planter dans les dates mais bon… Il y a eu un gros effet de mode, et finalement nous on est arrivés beaucoup plus tard. Drenaï ça a démarré vers 2011, à un moment où finalement, dans le folk français, l’actualité était beaucoup plus tranquille, il y a eu Alpha de Nightcreepers en 2012, mais globalement, les groupes de folk français, on s’est retrouvés quand on a démarré, à choper Drakwald comme ça un peu « hey, salut les copains, on vous invite à Rouen, ça va être cool ! », on a fait notre première date comme ça, on était très contents, et partis de là, moi j’ai l’impression qu’il y a une sorte de dynamique assez intéressante qui se met en place entre plein de groupes de folk qui se disent « on va essayer de s’entraider », ce qui est un truc déterminant pour aider à trouver les meilleures dates possible, pour qu’on passe tous les meilleurs moments. Parce qu’évidemment, c’est cool de faire des concerts, mais si on peut les faire ailleurs que dans des caves de bars, sachant qu’on est tout le temps 7 ou 8… C’est pas vraiment pour l’argent qu’on le fait, c’est par plaisir… Ce soir on joue au Jardin Moderne, c’est une salle, c’est une scène.

Diego : C’est une vraie salle ! Avec des balances qui vont être cool car le matos est aux oignons, dans un endroit qui est conçu pour faire du son, avec des lumières qui sont au taquet, y a de la place, c’est énorme ! C’est vraiment une chance qu’on a d’avoir été invités par Hellbreizher sur la date.

  • On va vous laisser là-dessus ! Merci beaucoup !

Merci à vous, passez un bon moment !

Morrigan.

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