Interview – Boisson Divine

Interview de Boisson Divine au Cernunnos Pagan Fest

Nous sommes dimanche, deuxième jour de festival. À 18h45, sans plus de chouchenn dans ma corne, je me dirige vers le théâtre. La fatigue se fait ressentir, le vent est glacial, le froid règne partout, sauf dans le coeur de ceux que je m’apprête à rencontrer. Les escaliers montés, je me retrouve devant le groupe, qui me propose instinctivement comme gage de bienvenue de quoi me réchauffer par le biais d’un verre d’une boisson artisanale à l’Armagnac. (Toutes les réponses à mes questions sont à lire avec l’accent du Sud-Ouest)

Lailoken: Pour ceux qui ne vous connaissent pas et qui nous lisent, pourriez-vous s’il vous plait vous présenter ?

Boisson Divine: Boisson Divine est une groupe de six personnes. Nous sommes un groupe de Folk-Heavy Metal de Gascogne, qui chante en Gascon. Nous avons des instruments traditionnels tels que la Boha, la cornemuse Landaise, inhérente à la région de Gascogne, ainsi que la Flabuta, la flûte à trois trous. Flûte Gasconne inhérente à la région de Gascogne. Nous nous produisons dans des festivals soit Metal, soit traditionnels, soit des fêtes populaires, soit les trois à la fois.

L: Quelle est l’histoire, la genèse de Boisson Divine ? Votre premier album « Enradigats » est sorti en 2013, mais j’ai cru lire que le projet, ou l’idée du projet était plus ancienne de plusieurs années.

B.D: Exactement, c’est vrai. Le projet date de 2005/2006. On s’est rencontré, Adrien et moi, et ça a été le coup e foudre. J’ai toujours su que c’était lui. Il jouait de la batterie, je jouais de la guitare, il pleuvait, on s’est dit: « Tiens, pourquoi ne pas faire un groupe de musique ? » C’est ce qu’on a fait. Nan, on était au collège ensemble avec Baptiste. Un petit collège rural de 200 élèves. On ne se parlait pas forcément, un jour j’ai mis un tee-shirt Iron Maiden, ça l’a interloqué. Du coup il était guitariste, moi j’étais batteur, on s’est mis à faire de la musique ensemble pour rigoler, parce qu’on avait les mêmes gouts musicaux en fait, donc c’était rare dans un petit collège du fin fond du Gers, de trouver un Metalleux. On écoutait tous les deux du Heavy Metal, du Black Metal, on s’est vraiment entendus niveau musical, ET on jouait au rugby tous les deux, dans l’équipe du village. Et puis voilà, on s’est mis à faire de la musique ensemble, et c’est pour ça que Boisson Divine, même s’il n’y a que deux albums c’est un très vieux projet, parce qu’on a écrit à cette époque là des chansons quand on était tout gamins.

L: Chansons que vous avez sorti sur vos albums ?

B.D: Voilà, sur « Enradigats ». Toutes les chansons en Français, donc les plus mauvaises, sont de cette époque. Parce qu’à l’époque on ne maitrisait pas la langue (13/14 ans). C’est petit à petit en grandissant qu’on s’y est intéressé.

L: Ah oui, vous avez commencé à composer aussi jeunes ?

B.D: Oui, notre première chanson s’appelait « Le Pays du Vin », c’était un truc avec quatre accords, c’était les mêmes accords entre le couplet et le refrain, c’était n’importe quoi. Et petit à petit on est parti sur « Troisième Mi-Temps » qui est présent dans « Enradigats » et qui est une chanson très très vieille. Mais grosso-modo la base de Boisson Divine, c’était deux jeunes Gersois qui écoutent du Metal, qui se mettent à faire de la musique ensemble, et qui petit à petit vont s’intéresser à leur culture. C’était pas le cas à l’époque déjà parce qu’on était gamins. Que cette culture on la vivait, on utilisait des mots sans s’en rendre compte, et petit à petit cette passion là, et cet amour de notre histoire et de nos terres elle a grandit. Et c’est à ce moment là où on s’est dit que ce serait intéressant de travailler la langue. Ce qui fait que « Volentat » notre second album est représentatif de notre évolution personnelle. De nous en tant qu’ados qui avons grandis. Il est complètement en Gascon, car comme l’a dit Baptiste maintenant on maitrise très bien cette langue. « Enradigats » en plus il a mis du temps à sortir, il y a des chansons comme « Troisième Mi-Temps » qui ont été composées très jeune, il est sorti en 2013, la chanson avait déjà plusieurs années. Entre « Troisième Mi-Temps » et « Cama Crusa », qui est la dernière composition d’ « Enradigats », il s’est passé plusieurs années.

L: Vous avez commencé super tôt, vous étiez déjà musiciens quand vous vous êtes rencontré au collège ?

B:D: Ah oui oui, complètement amateur, pour rigoler, dans la chambre chez nos parents. Et finalement une fois qu’on a fait des reprises de Maiden et des conneries pour s’amuser, on s’est dit « putain mais c’est c’est super cool de composer, de faire nos propres chansons », et voilà. Moi (Baptiste) j’ai commencé à 7 ans avec le saxophone alto, et je jouais dans l’Harmonie Banda, et encore jusqu’à la sortie du premier album. On s’est mis au Metal à l’adolescence. Même si lui (Adrian) a commencé un peu plus tôt. Et c’est là qu’on a vraiment démarré.

L: J’ai ouïe dire qu’il y a peu de temps vous étiez en terres nippone pour une tournée en compagnie entre autres d’Ensiferum et de Trollfest. Pouvez-vous nous raconter cette expérience, et quel effet ça fait d’aller à l’autre bout du monde dans une toute autre culture pour votre première tournée hors de France ?

B.D: Ouch, la question est vaste. La réponse va être vaste aussi. C’est dur de répondre parce qu’on a même pas l’impression d’avoir atterrit encore. Notre premier concert en dehors de France, c’est pas l’Espagne, c’est pas la Belgique ou que sait-je, c’était le Japon ! Ça a été le chantier pour venir jusqu’à Paris déjà, donc je vous laisse imaginer le Japon ! Première fois qu’il prenait l’avion, moi j’avais pas de passeport, c’était n’importe quoi. Le premier concert qu’on ai fait en dehors de Gascogne c’était au Ragnard Rock, le deuxième c’était à Paris au PMFF, et c’est tout. Et là on se retrouve à Tokyo, comme ça.

L: C’est excellent ! Comment avez-vous eu le plan pour cette tournée ?

B.D: Et bien justement c’est grâce à notre joueur de cornemuse, qui joue dans un groupe qui s’appelle Skiltron.

Pierre: Bah en fait on y a joué en Mars dernier et ce qu’il s’est passé c’est que quand moi je suis revenu ici en France, bah j’ai commencé à déprimer. Ce qu’on appelle la dépression post-tournée, ça existe pour de vrai je le savais pas. J’ai remercié les gens sur place, je les avait en contact, et un des gars en particulier, je l’ai remercié pour son taff. Il ont fait un travail de dingue là-bas c’était vraiment génial, les gars du groupe ont pu le constater. Du coup je l’ai simplement remercié, et le gars m’a dit « moi j’adore ce que vous faites, j’adore la cornemuse », et par réflexe quand on me dit « j’aime bien Skiltron » , je réponds « bah écoute Boisson Divine ». On a un produit qui est différent. Même concept, mais d’un autre endroit du monde. Je lui ai passé le CD, il a écouté, j’ai rien demandé en échange, j’attendais rien du tout. Et le lendemain il m’a dit « j’adore ce que vous faites, vous venez jouer au prochain festival. » Je lui ai dit « Skiltron ? Mais on à déjà joué en Mars, il faut peut-être attendre. » Il m’a dit « Ah ouais nan nan Skiltron ce sera une autre fois. C’est Boisson Divine qu’on veut. » Moi dans ma tête j’me suis dit merde, le plus loin où on est allé c’était à Paris quoi. Je lui ai répondu « Bah écoute, je vais en parler aux autres et je vais voir si ça les intéresse. »

Baptiste: On a tous reçu un message qui disait « bon les gars ça vous dit de jouer au Japon ? – Ouais super ta blague pourrie. »

Pierre: Non au départ pour la blague j’avais fait à Baptiste « Un plan pour jouer avec Ensiferum, ça te dit ? » Alors la « Oh putain un show avec Ensiferum c’est génial – Attend attend je la refais. Ça te dirait de jouer à Tokyo ? » Et alors la, le téléphone il est tombé. Ouais en gros c’est sorti de nulle part.

Baptiste: C’est que des opportunité comme ça Boisson Divine en fait. Des rencontres. On ne demande rien à personne, et on a le cul bordé de nouilles. À chaque fois on se retrouve à faire des trucs improbables à l’autre bout du monde sans avoir forcé quoi que ce soit. C’est ça la magie du truc.

Pierre: Ce qui est génial quand on y repense, c’est qu’à la fin d’Enradigats, on était deux pauvres adolescents. Au final on a toujours fait ce qui nous plait. Et même là on a joué au Cernunnos mais on se demande ce qu’on fait là. On y prend énormément de plaisir mais on fait vraiment tout sauf du spectacle. Là on joue dans un festival où il y aura beaucoup de groupes qui vont faire du Black, des choses comme ça. Nous on propose autre chose, mais c’est une autre chose qui est naturelle pour nous. On se dit: bon les gens vont peut-être pas danser un rondo, écouter de la cornemuse, ça va un moment. Et en fait on se rend compte que ça plait. Et c’est génial parce que tout se fait tout le temps très naturellement. On a vraiment léché le cul de personne pour aller jouer au Japon. Forcément quand on a une opportunité comme celle-là on a même pas réfléchi. Même si on a tous un travail, tu peux pas louper un truc comme ça. Et c’est pareil pour le Cernunnos. Nous on connait très bien en tant que festivalier, et aujourd’hui de jouer la c’est génial ! En plus on voit que le public est réactif, pour nous c’est excellent. Vraiment, quand on fait quelque chose qu’on aime, voir que les gens accrochent, qu’ils adorent, que les mecs connaissaient les paroles, que les gens ont un tee-shirt Boisson Divine, ça n’a pas de prix.

L: Au Japon aussi ?

B.D: Au Japon aussi ! Les premiers rangs connaissaient, je pense qu’il y avait peut-être plus de Japonais qui parlaient Gascon que de Français. On a halluciné, le premier concert qu’on a fait à Tokyo, on est passé devant la salle de concert trois heures avant, parce qu’il fallait qu’on aille aux balances. Et là on se fait arrêter par des gens. Ils étaient dix à attendre devant la salle trois heures avant l’ouverture. Et là il y a une fille qui me tape sur l’épaule: « Excuse-me, are you the artist on the booklet? » Ils avaient déjà acheté l’album sur le site internet ou je sais pas où, et on a commencé, sans avoir fait la moindre note, à signer des trucs, à prendre cinquante photos, ça a ramené d’autres mecs et ils nous ont carrément offerts des choses. Avant qu’on ai joué le moindre morceau ils nous ont offert une petite boite, y’avait une figurine, un masque pour dormir dans l’avion, des conneries. Et en tant que musicien on a jamais créé de groupes en se disant: un jour il faudra qu’on aille jouer au Japon, un jour on jouera au Cernunnos. Nous on a fait de la musique pour nous faire plaisir. Boisson Divine c’est le résultat de notre évolution dans notre adolescence. On s’est attaché à cette histoire, cette culture, et c’est vraiment énorme pour un musicien de se dire qu’on est dans un festival où il y a Ensiferum, Wind Rose, Trollfest… Nous on est des petits à côté ! Et que les gens, des Japonais, qui avaient imprimé des photos Boisson Divine en poster et qui nous demandaient de signer et tout… ben on se dit qu’on est pas ici par hasard, on est là parce que les gens nous apprécient. Et ça c’est un retour qui est vraiment énorme. On savait pas en fait, on s’était dit que ouais au pire on fait une tournée avec ces méga-groupes c’est bien pour nous mais non, arrivés sur place ils avaient tous les CD ! On y va toujours la fleur au fusil, mais on commence à se rendre compte qu’en fait on est pas si mauvais ! (rires) C’est énorme pour nous d’arriver dans un pays, alors qu’on chante une langue très minoritaire, très marginale, et que les gens soient aussi réceptifs à notre culture.

L: Et maintenant vous voilà au Cernunnos ! Heureux d’être ici ? Vous connaissiez le festival avant d’y être programmé ? Comment s’est passé votre concert, pas trop de stress avant de monter sur scène ?

B.D: On a déjà un peu répondu parce qu’on connaissait le festival en tant que festivaliers, déjà du temps de l’Elysée Montmartre avant qu’il ne crame. Y’avait d’ailleurs des Gascons, y’avait Stille Volk qui y jouait cette année là. Donc on est très fiers parce qu’on aime bien ce fest. Et c’est bien qu’il soit parti du centre de Paris, c’était un peu hors-sujet de faire un Pagan Fest à Pigalle, entre les putes et les drogués. (rires) Et le concert s’est super bien passé, il y avait une super ambiance. C’était facile de communiquer avec un public comme ça. D’habitude on joue devant des publics plutôt traditionnels qui sont pas vraiment Metalleux, et la il faut expliquer les chansons, il faut expliquer la démarche alors que tout à l’heure il n’y avait qu’à claquer les doigts et ça foutait le feu direct. Ça fait vraiment plaisir parce qu’il y a une réaction instantanée, c’était très chaud, une méga fournaise, c’était très intense. On l’avait vu au Ragnard quand on y a joué en 2016, c’était la première fois qu’on jouait devant un public de Metalleux. Et voilà, tu balances trois chansons, tu te rends compte qu’aux premiers rangs il y a des gens qui fredonnent, qui connaissent les paroles, ça pogote. C’est vraiment un public qui est très plaisant. On se rend compte qu’ils sont réceptifs, ils bougent, ils connaissent ce que tu fais, on a l’impression de faire partie de ce public la en fait. Il y a une sorte d’osmose, sans prétention hein, mais nous on passe un bon moment vraiment, on rigole, et pour nous c’est le principal ça.

L: Vous avez sorti 2 albums: « Enradigats » en 2013, et « Volentat » (prononcer « boulenne tâte ») en 2016. Si vous deviez expliquer ce que renferme ces deux enregistrements au niveau de la musique, de votre message, de l’approche culturelle et des textes, comment le feriez-vous ?

B.D: Le style Boisson Divine, c’est un mélange de Heavy Metal avec des instruments traditionnels Gascons et une énergie très Rock n’ Roll. Il y a le côté Heavy Metal, épique, harmonisations à la tierce, chansons assez longues. Il y a le côté Rock/Punk-Rock avec une bonne énergie et un rythme bien binaire. Et le côté traditionnel de Gascogne avec les instrument traditionnels comme la cornemuse landaise, et surtout avec les polyphonies Gasconnes. La différence entre nos deux albums, c’est simplement notre évolution. Là où sur Enradigats on était que deux, où c’était des compositions d’ados, où on était vraiment très jeunes, sur Volentat on était au complet avec forcément notre évolution personnelle et musicale, mais aussi notre apprentissage de la langue, et de notre culture. Beaucoup de nos gens nous disent préférer notre premier album d’ailleurs, plus brut, moins long, avec des morceaux qui ne vont pas par quatre chemins. Sur le deuxième c’est la même chose, mais en plus travaillé. On a plus bossé sur les structures, les riffs, les voix, les textes qui sont plus sérieux, il est plus Metal en gros. Mais je comprend que des gens préfèrent le premier.

L: On voit souvent des groupes de Folk Metal piocher allègrement dans le folklore Celte et Viking pour agrémenter leur musique et leurs textes. Pourquoi ce choix du Gascon, mis à part le fait d’être né là-bas ? Y a-t-il chez vous un aussi riche folklore et pourriez-vous le décrire, nous le vendre en quelques mots ?

B.D: Je n’écoute que très peu de Folk Metal. Je préfère écouter des groupes traditionnels purs et des groupes de Heavy Metal. J’ai du mal avec beaucoup de groupes de la scène, je pense qu’il y a un gros manque d’intensité. Il y a très peu de gens qui mettent leur cultures endémique en valeur comme nous on peut le faire. Des gens qui sont d’un coin délimité, qui jouent avec leurs instruments, qui parlent leur langue. Il y a un effet de mode Folk-Metal, et beaucoup de groupes surfent sur cet effet là. Ils vont s’inventer des ancêtres Celtes, des ancêtres Vikings,… Tout ça pour se déguiser sur scène. Sans déconner on a fait un festival, on était le seul groupe de Folk-Metal pas déguisé. C’est vraiment dommage. Par exemple, des groupes espagnols de Galice qui ont une culture très riche, des instruments très locaux et tout, et en fait ils vont se fondre dans le moule en chantant en Anglais, c’est vraiment détestable. C’est pour ça que j’aime bien Belenos, qui chante en Breton, Tan Kozh aussi. Et d’autres groupes, même si y’a pas vraiment d’instruments trad’, qui font l’effort de chanter dans une langue issue de leur folklore. On leur jette pas la pierre non plus, y’en a beaucoup qu’on écoute souvent, mais la démarche n’est pas authentique. Nous on a peur que ce ne soit qu’une façade, une vitrine vendeuse et qu’il n’y ait rien derrière, pas de réelle intention de véracité autre que celle de la mode. Ta réponse est dans ta question, notre choix du folklore Gascon, C’EST parce qu’on est né là-bas, et que du coup on a des choses à raconter. On a une histoire extrêmement riche, même au niveau du royaume de France et d’Angleterre. Et en seulement quelques générations, ils ont quasiment réussis à éteindre la langue. On fait partie des premières générations à tenter de redorer ce blason, avec comme par exemple Stille Volk ou Hantaoma. On fait pas non plus du militantisme, mais c’est ce qu’on vit, ce qu’on veut partager. C’est un débat en fait. On est pas pour les groupes qui sont vides de profondeur, mais en même temps s’ils n’étaient pas là, est-ce qu’il y aurait autant de monde ce soir ici, avec des marteaux de Thor autour du cou, qui s’intéressent à l’histoire et tout. Ça peut être une amorce aussi, c’est compliqué. On aimerait juste qu’il y ait plus de groupes qui s’intéressent à leur culture locale, voilà.

L: Vous jouez un style de Metal qui est très accessible. Vos musiques ne comportent par exemple pas de chant extrême, et on sait que vous portez haut et fier votre héritage culturel. Est-ce un choix arbitraire que votre musique soit facile d’écoute, est-ce pour essayer de toucher le plus de monde possible afin de diffuser votre folklore ?

B.D: Alors je vais te répondre vite. C’est surtout qu’on est limité techniquement. Moi je suis incapable de faire un solo en sweep-picking, je suis pas un shredder, je préfère privilégier le feeling. Parce que c’est tout ce j’ai en fait (rires). Pareil pour la double pédale, y’en a une mais c’est pour faire joli quand on l’installe. C’est ce qu’on a dit tout à l’heure, on a pas créé un groupe en se disant qu’on allait jouer dans des festivals Metal. Nous on aime le Folk, le Heavy-Metal, on aime le côté traditionnel avec un chant Pyrénéen qui est très codifié, avec une voix mélodique, une voix haute et une voix basse. Bah voilà, on fait ça dans Boisson Divine. On fait ce qui nous plait avant tout. Nos premiers morceaux, je les faisait écouter à mes parents en MP3, puis quand on en a eu 10-12, on s’est juste dit que tant qu’à faire, autant sortir un CD. On fait ça sans aucune attente, et on continue parce qu’au final ça plait au gens. On s’en sort sur l’énergie et la spontanéité.

L: Une question un peu plus musicale: Comment créez-vous vos lignes de chant ? Il y a énormément d’harmonies dans le travail des voix, comment en abordez-vous la composition ? Est-ce qu’il y a une recette magique de la ligne de chant Gascon ?

B.D: Le chant est plutôt tiré de la polyphonie Pyrénéenne que du Heavy Metal. Et donc dans la polyphonie Pyrénéenne il y a souvent trois voix. La mélodie, c’est ce qui vient premier. Souvent, c’est une mélodie sur des accords. Et après on va créer des harmonies par rapport aux accords. Une voix haute, souvent à la tierce, et une voix basse, qui est souvent une tierce aussi, mais qui peut-être une quinte. Chez nous, c’est surtout des tierces, et des quintes justes. Ce qui fait que grâce à ce type de chant, si tu enlèves tous les autres instruments, et bien tu peux tout de même écouter la chanson sans soucis. C’est ce qu’on appelle chez nous du chant spontané. Contrairement à la polyphonie Corse qui est très pointue et très codifiée, chez nous peu importe ton âge, peu importe si tu sais chanter ou pas, tout est prétexte à chanter ensemble. Donc dans Boisson Divine on ne se prend pas non plus forcément la tête avec des règles d’écriture. Le chant Pyrénéen spontané est à la base un chant de berger. Ce qui explique aussi peut-être pourquoi on a pas vraiment d’artistes Gascon connus en France. On entendra jamais quelqu’un chez NRJ chanter en Gascon, alors que par exemple en Breton, ça se fait. C’est du chant d’amateur en fait, tout le monde peut le faire, n’importe où, n’importe quand, à condition de connaitre les paroles.

L/ En parlant des paroles, de quoi parlent vos textes ? Car à part à de rares exceptions comme sur « Terres d’Attache » ou « Troisième Mi-Temps », la langue utilisée n’est pas à la portée de tout le monde !

B.D: Nos textes parlent de notre quotidien, de la Gascogne. Au début c’était plutôt sur la fête et le rugby, l’amitié, etc… Il y avait quand même déjà quelques textes un peu plus poussés sur l’histoire et les légendes. Sur le second, c’est exactement la même chose, sauf qu’on y a ajouté un côté un peu plus lyrique. On va chercher plus loin dans les histoires, on parle de batailles, des choses assez communes pour du Folk Metal, mais en version Gasconne. Y’a une chansons par exemple où on parle de cueillir des cèpes. ÇA, je pense que personne ne l’a fait (rires). Notre culture c’est un puit sans fond, que ce soit dans n’importe quel domaine. Et petite exclusivité, dans notre prochain album il y aura par exemple une chanson sur le Tue-Cochon, une fête de chez nous. On peut passer d’un sujet sur une fête de village comme celle-là, à autre chose comme la Dame de Brassempouy, une statuette en ivoire de Mammouth qu’on a retrouvé il y a 22 000 ans, où on se pose beaucoup de question sur sa provenance.

L: Et vos futurs projets alors ? Un nouvel album en prévision ? Nouvelle tournée ?

B.D: On est en projet d’un futur album. Enradigats en 2013, Volentant en 2015, on espère pouvoir sortir le prochain en 2019. On fait pas vraiment de tournée par contre. On fait dix/quinze dates par an, on choisit les bonnes. Si on fait une tournée, c’est peut-être sur une semaine, sur trois/quatre dates comme on a fait au Japon. C’est compliqué sinon pour s’organiser, on a tous des boulots. Six personnes ensemble, ça demande de l’organisation. Là on va jouer par chez nous, à un festival qui s’appelle Hestiv’Oc. C’est un public plus traditionnel et plus touriste. Et après on a un gros vide, qu’on mettra à profit pour enregistrer le prochain album.

L: Une dernière question: Pourquoi « Boisson Divine », y-a t-il un rapport avec l’hydromel, la poésie liquide des dieux Nordiques, ou avec le vin, le sang du Christ pour les Chrétiens ?

B.D: A chacun sa boisson divine. Pour accéder à ce rang, il faut que ce soit un produit qui ait une histoire, qui ait un savoir faire derrière, qu’il y ait du travail derrière. Donc oui, ça peut être l’hydromel, ça peut être le chouchenn, ça peut être le pinard. Pour nous c’est plutôt ce qui est à base de raison, parce qu’on est d’une région viticole. Mais alors pour la petite histoire, avant même la sortie d’Enradigats, on composait des chansons à la con à quatre accords sur les bancs du collège. Et c’est vrai que souvent dans nos chansons il y avait souvent « boisson divine » qui revenait inconsciemment. On l’écrivait dans les refrains, dans les couplets de chansons différentes. Et ça nous a marqué, on a gardé ça. Moi je suis passionné aussi, en sortant de la culture Gasconne, de cette culture scandinave et de la mythologie nordique. Et c’est vrai qu’ado, j’avais en arrière pensée l’hydromel quand on parlait de boisson divine. Mais il s’avère qu’on a le cul dans une région vraiment viticole, donc pour nous la logique veut qu’on s’oriente vers tous les alcools qui dérivent du raisin. Mais chacun y voit midi à se porte, ça reste très ouvert et chacun peut s’approprier le terme.

L: Cette interview touche maintenant à sa fin. Un grand merci pour votre temps et pour avoir répondu à mes questions.

B.D: Merci à toi !

Un grand merci à Boisson Divine pour leur temps, leur sympathie et leurs boissons locales !

Lailoken

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