Heid – Alba

Allez, un p’tit peu de chaleur et de réconfort en ces temps hivernaux ! Et c’est en Espagne que nous nous rendons, plus précisément sur les terres de Castille à Madrid, pour retrouver Heid ! Le groupe est né en 2011 des cendres de quelques projets de viking metal. Malgré quelques changements de line-up depuis sa création, la formation a déjà pu enregistrer en auto-production une démo en 2013, ainsi que l’EP de cinq titres Voces de la Tierra Dormida en 2014. Et c’est deux ans plus tard que le groupe revient avec leur premier album, Alba. L’artwork a été réalisé par l’artiste sévillan Daniel Zrom, et le mixage et le mastering ont été assurés par Iván Ibañez aux studios 51 à Madrid.
Là encore, le line-up a subi quelques modifications. L’on retrouve désormais Iván Herrero au chant, Iván Leria à la guitare, Rubén Ramírez à la basse, Mateo Novati à la batterie, Pablo Cantalapiedra aux chœurs, aux percussions et à la guimbarde, et Miguel Sagrado au violon, à la flûte et à la dulzaina (hautbois traditionnel du Moyen-Age originaire des Pyrénées dont le son se rapprocherait de la bombarde bretonne).

Histoire de se mettre dans le bain et de se laisser gentiment apprivoisé par l’univers du groupe, l’album commence sur une version instrumentale de « Triste esta el Rey » (Triste est le Roi). Il s’agit d’un poème populaire séfarade du Moyen-Age. L’aspect folklorique du groupe ainsi que ses racines apparaissent d’emblée, de par la présence du violon, des percussions, de la flûte, de la guitare acoustique, de la guimbarde, et de la dulzaina, pour une ambiance médiévale et mélancolique.

A travers chaque morceau de l’album, qu’il soit chanté ou instrumental, la culture locale prend une place toute particulière. Tout d’abord, là où bien des groupes espagnols préfèrent chanter en anglais, Heid choisit de nous conter les épopées de leur contrée dans leur langue natale. L’on pourrait penser que l’espagnol, au même titre que l’italien, serait moins adapté au metal, soi-disant parce que les langues latines sont plus douces. Mais il n’en est rien, le growl d’Iván Herrero n’en demeure pas pour autant moins guerrier (notamment dans « Alba », qui est justement un hymne d’espoir pour maintenir les traditions locales). Et quand même, quand on fait du folk/pagan, cela paraît plus logique de chanter dans sa langue maternelle, c’est bien plus authentique !

Musicalement parlant, Heid semblerait bien être la quintessence du metal extrême. Sur une base black ou death, le groupe ajoute sa petite touche personnelle, en y intégrant des airs d’instruments traditionnels, sans toutefois tomber dans le cliché du folk metal trop festif. Malgré tout, ceux-ci permettent de rendre un morceau plus entraînant et chaleureux (notamment le solo de violon dans « El Traidor »), plus léger (comme dans « Mortal es el Hombre » grâce aux mélodies de la flûte rappelant Drakwald), ou encore plus sombre et mélancolique (violon dans « Camino Sombrío »). Par moments, Heid s’éloigne des frontières du metal pour explorer celles de la musique européenne médiévale et traditionnelle. Par exemple, « Bosque de Nubes » (Foret de nuages) est un prélude instrumental mystique et mélancolique dans lequel les instruments folkloriques, tels que la cithare, la dulzaina et la flûte, sont mis en avant. Bien que beaucoup plus entraînant, il en est de même pour « El Buey » (Le Boeuf), morceau traditionnel léonais (langue romane occidentale essentiellement parlée dans les Asturies). Le morceau débute en acoustique, en rythme 5/8 sur des airs de percussions, de basse, et de dulzaina. Puis les guitares électriques font soudainement leur entrée, et le rythme monte d’un cran en 7/8, dans une ambiance festive qui fait penser à « Under Lug’s Sight » de Celtibeerian.

Bien que les vocaux death et black soient largement dominants, certains passages sont chantés en chant clair. Si les chœurs chamaniques sur les refrains de « Mortal es el Hombre » instaurent une atmosphère mystique, ceux d’ « Alba » et « El Traidor » se révèlent plus épiques, à l’image de Moonsorrow. C’est d’ailleurs la pièce finale de l’album, « Camino Sombrío », d’une durée de dix minutes, qui fera plus largement penser à la formation finlandaise. Tout d’abord pour la longueur du morceau et son aspect progressif, puis pour son introduction folk ambiante, et ses riffs épiques. Cependant, la douce odeur du sud reste bien présente, notamment lors du breakdown aux rythmes de jota, danse traditionnelle espagnole. On sent la fin approcher, dès le grondement du tonnerre. Les riffs black et les blasts explosent, sur fond de violon mélancolique. Le rythme devient une dernière fois galopant, et les chœurs renforcent l’atmosphère épique.

Pour un premier album, Heid frappe haut et fort. Le groupe parvient à associer modernité et tradition, en mettant une emphase toute particulière sur les sonorités, les rythmes et les thèmes de la culture ibère, qui sont encore à l’heure actuelle trop peu souvent exploités dans le folk/pagan metal. Olé !

Fée Verte

9/10

Tracklist :

  1. Triste esta el Rey
  2. Rumbo al Sur
  3. Mortal es el Hombre
  4. Alba
  5. Bosque de Nubes
  6. Buenosdias
  7. El Buey
  8. El Traidor
  9. Arde la Rebelion
  10. Camino Sombrio

Sortie le 10/12/2016

Liens du groupe :

https://heidpaganmetal.bandcamp.com/
https://www.facebook.com/HeidPaganMetal/?fref=ts

Laisser un commentaire