Cesair – Omphalos

Dire que j’attendais cet album avec impatience est un doux euphémisme. Quatre années se sont écoulées depuis le magnifique Dies Nox Et Omnia, je ne compte pas l’édition Sine Fine parue en 2015, même si il est indispensable à tout fan qui se respecte, je le trouve plutôt accessoire au sein de la discographie, et il me tardait d’être bercé par de nouvelles sonorités, transporté vers d’autres mondes. C’est ainsi que l’année dernière l’annonce est tombée, Omphalos naîtra en 2017.

J’ai donc choisi d’y placer de l’espoir, au lieu de l’attendre dans l’indifférence j’ai choisi de leurs accorder une confiance aveugle au risque d’être déçu. Je me disais « impossible qu’ils fassent un faux pas, il y a trop de sincérité et de talent dans leur musique ». Et bien sûr j’ai eu raison ! Omphalos est un digne successeur à Dies Nox Et Omnia !

Oh évidemment, cette vérité a pris un peu de temps à s’imposer à moi. J’ai reçu l’album début août grâce aux précommandes et illico j’ai filé l’écouter au calme tout en m’imprégnant de l’élégance des différents artworks aux tons bleu nuit. Mais cette première séance, bien que très agréable, m’a laissé un peu perplexe. Il me manquait quelque chose et j’ai vite réalisé que durant ces quatre précédentes années Cesair était devenu, pour moi, l’incarnation de leur premier album. Ils se sont tous deux intimement liés si bien qu’Omphalos me paraissait étranger. Alors j’ai dû déconstruire cette liaison par plusieurs écoutes et feuilletages de livret et j’ai enfin pu saisir la beauté et la pertinence de cet album. Là ou Dies Nox Et Omnia nous contait des histoires et poèmes de différentes régions d’Europe et d’Orient, bien ancrés dans une réalité palpable de notre histoire, Omphalos atteint lui des rivages mystiques où les grands secrets de la terre vont au-delà de nos sens. Tiens, prenons le nom de l’album « omphalos », c’est une pierre symbolisant le centre du monde, et pour être plus précis il faut voir ce centre comme un nombril. Un portail métaphysique matérialisé par ladite pierre liant à la fois l’humanité, la Terre et le cosmos dans tout ce qu’il y a d’indéchiffrable, une représentation qui dépasse l’Homme pour le replacer dans le Tout auquel nous appartenons. Tout un programme ! Mais musicalement parlant, qu’en est-il ?

 

Cette fois-ci pas de prologue éthéré, l’album nous accroche prestement avec un court duo guimbarde / batterie faisant l’effet d’un efficace « Oyez ! Oyez ! Damoiselles et damoiseaux le spectacle va commencer ! », puis le violon entre en scène diffusant sa mélodie guillerette et dansante. La guitare suit rapidement et les 30 premières secondes donnent le ton, celui de l’allégresse ! Cette entrée en matière ne se fait pas en terrain totalement inconnu puisqu’ Erda est un titre depuis longtemps présent dans la setlist live de la formation. C’est donc avec un sourire empreint de nostalgie que je redécouvre les envolées mélodiques du violon, l’accordéon qui diffuse ses longues et discrètes notes, mais surtout le chant si caractéristique de Monique, le timbre chaud de sa voix et cette diction où pointe un soupçon d’espièglerie transformant la langue anglaise en un dialecte doux et sucré.

Et oui j’y viens plus tôt que je ne le pensais mais c’est plus fort que moi, si les instruments forment le corps de la musique de Cesair, la voix de Monique en est l’âme, le genre qui sublime la musique par une maîtrise toujours juste, tel un acteur sachant aussi bien nous intimider que nous faire pleurer ou rire, sa voix est avant tout au service d’une émotion à transmettre. Que ce soit la douce complainte mélancolique de The Ruin, la ferveur joyeusement endiablée des incantations magiques de Chorihani, ou encore la mélodie quasiment maternelle de son chant sur Isolde, vous ne serez pas en manque d’émotions.

Pour ce qui est du chant, cet album en fait intervenir deux masculins et je me dois d’en parler étant donné que je les considère peu ou prou comme des chefs d’œuvres ! Tout d’abord Troll Kalla Mik, déjà une sacrée réussite en live, fait intervenir Thomas le guitariste pour le même genre d’effet, mais en plus accentué, que pour Graeica du premier album, c’est-à-dire une bonne dose de menace traduite par un chant en vieux norrois grave et grondant auquel se superpose un violon tout ce qu’il y a de plus aliénant et une percussion aussi lourde que sourde. La première partie du titre tranche tellement dans l’atmosphère générale de l’album que je me suis même demandé s’ils n’avaient pas tenté une brève incursion dans la musique metalique qui nous est cher ! Mais quoi de plus logique pour illustrer un vieux poème nordique mettant en scène une trolle s’appelant elle-même le « Destructeur de Soleil » ! Heureusement l’indispensable Monique se joint à la fête et tempère l’ambiance de sa voix chaleureuse, la crainte se mue en curiosité, le violon entame une mélodie plus lumineuse instillant la confiance nécessaire à l’élaboration de quelques pas de danse incontrôlés puis soudain les deux chanteurs se font face, leurs voix mêlées psalmodiant des mots d’un autre âge nous entraînent dans une courte transe pour finalement exploser en un puissant « TROLL KALLA MIK ! ». Et la musique repart de plus belle rythmant notre afflux sanguin pendant près de 6 minutes.

Ce titre est directement suivi par Ahes, une légende prenant ses racines dans le Finistère racontant la submersion de la ville d’Ys causée par la célèbre princesse Dahut pour avoir pris un amant hors mariage. Cesair a remanié l’histoire pour nous conter l’amour de la princesse et d’un esprit de la mer la courtisant à sa fenêtre, lui conjurant de le laisser entrer. L’amour fait céder la princesse qui ouvre les portes à son amant, leur heureuse réunion provoquant l’inondation de la ville d’Ys. Invité pour jouer l’esprit de la mer, Stephan Groth membre de Faun et de Folk Noir, incarne lui aussi avec justesse son rôle donnant de sa voix douce et posée, s’alliant à merveille avec celle de Monique, pour une alchimie parfaite à travers cette histoire aussi tragique qu’enchanteresse. Mais l’aspect dramatique a aussi pour source un nouveau venu au sein de la formation, Faber Horbach et son piano, sonorités jusque-là absentes chez Cesair. Sa prestation la plus éloquente est sur ce même morceau puisqu’il agrémente la mélodie de ses notes cristallines pour finalement habiller de fatalité le moment de l’histoire où la princesse vole les clefs de la ville afin de retrouver son promis scellant par la même le sort de la ville et de sa population. Du nectar à mes oreilles ! Et j’entends par là l’élégance des mélodies et non les supposés cris des noyés… évidemment.

Autre nouveau venu au sein de la formation, le maître du slideridoo de la scène folk et pagan j’ai nommé Luka Aubri ! Le gus a fait ses preuves ! Auparavant chez Omnia, il a migré chez Rastaban et joue en guest à droite et à gauche, il rejoint Cesair pour mon plus grand plaisir, car au sein de cette scène qui fourmille de multi instrumentiste, voir Luka donner de son interminable souffle est à coup sûr un gage de qualité, si jamais vous en doutiez encore en ce qui concerne Cesair ! Utilisé intelligemment les sonorités résolument tribales du slideridoo apportent soit un déchaînement sauvage et bestial comme sur Chorihani ou un bourdon diffus et envoûtant comme sur The Ruin.

Notons aussi qu’Omphalos est le dernier album bénéficiant de la présence de Fieke, l’accordéoniste / hurdy gurdiste totalement déchainé sur scène, puisqu’elle se consacre pleinement à son studio, Dearworld Studio, celui-là même où a été produit, enregistré et mixé par ses soins cet album. Bon, si c’est pour faire du aussi bon travail que pour Omphalos, comme je ne doute pas un instant qu’elle le fera, j’accepte avec un peu moins de tristesse son départ. N’empêche, entre ses mains le dulcimer de La Luna gagne encore plus de profondeur et de mysticisme, chaque note s’envolant en un dernier adieu vers la lune.

Allez, aussi merveilleux que soit cet album je ne peux lui accorder d’avoir atteint la perfection parce que premièrement, c’est impossible, et puis sinon où est le challenge pour le prochain opus ? Mais plus personnellement si je ne le lui accorde pas c’est parce qu’avec regret il n’y a pas de réelle complainte fondamentalement triste comme ils ont pu le faire auparavant avec l’inégalable Y Goddodin. Il n’y a pas de profonde lamentation, de titre qui rend tellement triste qu’il ne reste plus que l’espoir et la lumière au fond du cœur. Chaque titre bénéficie de sa petite touche de clarté, de sa note d’espoir ou de gaieté. Mais là n’est peut-être qu’une affaire de ressenti et après tout cela renforce considérablement l’impact qu’Y Goddodin a sur moi alors tant mieux, mais je m’égare…

 

J’aurais pu vous parler d’Umbra, de son atmosphère aride aux accents orientaux, de Surya Mantra qui va lorgner pour une première du côté indien de la musique ou encore des différents dialectes employés. Mais où serait le plaisir de la découverte ? Non il n’y a qu’une chose à savoir, cet album est fait pour rêver, pour danser, se déchaîner ! Propice à l’introspection Omphalos vous mènera dans un voyage riche en mysticisme dont vous ne pouvez sortir inchangé. Au mieux vous aurez percé les secrets la Terre, au pire vous en ressortirez dans la plénitude avec une seule idée fixe : y retourner !

 

Grymauch

NOTE : 9/10

Tracklist :

  1. Erda
  2. The Ruin
  3. Runatal
  4. Boudicca
  5. Chorihani
  6. La Luna
  7. Troll Kalla Mik
  8. Ahes
  9. Mardochaios
  10. Isolde
  11. Surya Mantras
  12. Umbra

Sortie : 01 Septembre 2017

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